Parcoursup : de la sélection et des « améliorations » timides

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Pour les bacheliers qui n’avaient pas encore trouvé de formation, la phase complémentaire de Parcoursup a pris fin le 16 septembre dernier. Pourtant, 22,4 % des candidats n’ont pas trouvé de place dans le supérieur cette année. Soit, près du quart des inscrits au total. Alors que le Gouvernement propose de modifier sous quelques aspects la plateforme, l’heure est à un bilan objectif de cette édition. 

Un bilan inquiétant

182 000. C’est le nombre de jeunes n’ayant pas eu accès à l’université suite à la sélection sur Parcoursup lors de l’édition 2022. Cette année encore, des dizaines de milliers de jeunes restent sur le carreau et observent leurs projets d’avenir détruits par un algorithme. 

Si certains bacheliers ont pu intégrer la filière de leur choix, ils sont des milliers à s’être résignés vers une orientation par dépit et 18 900 jeunes à avoir saisi la CAES (Commission d’accès à l’enseignement supérieur). 

Ouvrir des places en premier cycle ou en master, baisser le nombre d’élèves par classe, recruter du personnel enseignant ou encore construire de nouveaux établissements permettrait de répondre au manque de places dans les formations de l’enseignement supérieur. Mais au lieu d’augmenter le budget du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le Gouvernement choisit de renforcer la sélection à l’université. 

Cette stratégie laisse dans un premier temps de nombreux bacheliers à l’abandon. Sans filières, sans ressources financières suffisantes pour payer des écoles privées, voilà ces bacheliers de facto propulsés sur le marché du travail, au chômage ou dans des dispositifs précarisant (services civiques, contrat d’engagement jeune, etc.). 

Se retrouvant dans une filière par défaut, des milliers d’étudiants rencontrent un échec en L1. In fine, Parcoursup entérine à la fois la reproduction sociale dans le système éducatif français tout en n’offrant aucune voie d’émancipation aux néo-bacheliers.

Un semblant d’évolution à venir  

Suite aux divers mouvements de protestations contre la plateforme, le Gouvernement n’entend pas la supprimer, mais simplement la modifier. Pourtant les modifications qui seront apportées à Parcoursup ne lui enlèvent pas son caractère ultra sélectif et précarisant. 

Malgré les chiffres alarmants qui prouvent l’inefficacité de ce dispositif, Pap Ndiaye (ministre de l’Éducation nationale) soutient que « ce n’est pas un algorithme qui casse des vocations ». Autrement dit, il n’est pas envisageable pour le Gouvernement de supprimer Parcoursup. 

En réalité, les modifications ne porteront que sur l’aspect technique de la plateforme : promesse est faite de plus de « lisibilité » et de « clarté ». Aucune modification donc, ne sera portée sur son système de sélection. 

Ces légères modifications ne seront en effet pas en mesure de modifier le fond du problème, qui repose sur un sous-investissement chronique dans l’enseignement supérieur. 

Sous-investissement 

Paradoxalement, alors que le nombre d’étudiants dans le supérieur a augmenté de 18 % ces dix dernières années, les dotations par étudiant ont chuté, elles, de 9 %. Alors que la rentrée universitaire est marquée par des années de manques de moyens dans l’Enseignement supérieur, la dotation de 1,5 Md d’euros du Gouvernement au budget de la mission interministérielle recherche et enseignement supérieur est bien trop faible pour affronter l’inflation de 7 % qui aura des conséquences sur le fonctionnement de l’ESR (chauffage, locaux, places, vie étudiante). 

Les organisations syndicales de l’Enseignement supérieur signalent un déficit de 600 M d’euros pour maintenir l’activité de 2022 en 2023. Pourtant, on notera une situation bien différente pour les formations privées, puisque ces dernières ont vu leurs subventions ministérielles augmenter de 10 % cette année.  

En favorisant l’accès à l’enseignement supérieur aux jeunes les plus aisés, le Gouvernement adopte finalement une stratégie malthusienne à son système éducatif. De cette façon, on stoppe l’admission dans l’enseignement supérieur des plus pauvres pour favoriser la réussite des plus aisés. Le gouvernement vient ainsi opérer un immense retour en arrière. 

Après des décennies de massification et de timide démocratisation de l’ESR, le voilà en train de reconstruire une université dont le rôle ne serait que de former une élite intellectuelle extrêmement sélective et limitée.