La vérité sur la rentrée scolaire

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« On nous avait promis le pire, c’est une rentrée réussie. » Dans son interview pour La Dépêche le jeudi 1er septembre, après un propos nuancé sur les problèmes structurels de l’Éducation nationale, le ministre Pap Ndiaye se permet néanmoins cette pique envers les différents groupes qui alertent ces derniers mois sur la dégradation prévisible des conditions d’étude et d’enseignement. 

Ce sont les syndicats de l’éducation, organisations de parents d’élèves, organisations de jeunesse, qui pointent depuis des années, mais plus encore cet été, l’insuffisance du nombre de fonctionnaires dans le système éducatif français, à tous les niveaux et dans tous les métiers.

Le travail des syndicats permet aussi en cette rentrée de démontrer une certaine malhonnêteté dans le discours de M. Ndiaye. Le SNES-FSU a lancé une enquête sous le hashtag #notrevraierentrée afin de recenser les manques d’enseignants dans le secondaire à la rentrée. Leurs résultats montrent que dans 62 % des collèges et lycées, il manquait au moins un enseignant. 

De plus le SNES précise qu’une situation si tendue début septembre entraînera à coup sûr le non-remplacement de collègues qui auraient des absences au cours de l’année. La promesse du ministre « il y aura un enseignant devant chaque classe » n’est donc pas vraie aujourd’hui, et le sera encore moins pour toute l’année.

Bilan négatif

Ainsi, en termes quantitatifs, le bilan de cette rentrée est négatif, mais en termes qualitatifs plus encore puisque de nombreuses personnes peu formées ont été recrutées. 

Pour ce faire, le ministère et les rectorats ont utilisé des biais de recrutement qui se multiplient ces dernières années, mais qui dérogent aux procédures normales des fonctions publiques. En effet, on note un recours massif aux contractuels : des personnes titulaires d’un diplôme (pas nécessairement dans la discipline qui sera enseignée), alors que les fonctionnaires passent un concours dans leur matière. De plus, les contractuels ne reçoivent pas de formation, alors que les fonctionnaires ont suivi au minimum une année de stage encadrée par un tuteur. 

Au-delà du bas salaire et des contrats courts qui pourrissent la vie des contractuels eux-mêmes, de leur manque de formation qui nuit aux élèves, il semble important de considérer aussi que multiplier les statuts parmi une même équipe dans un établissement affaiblit les possibilités d’organisation collective. 

Des manques de personnels concentrés

Un grave sous-encadrement est accentué dans certaines académies, notamment celles de Versailles et Créteil. Concentrant des populations pauvres, de nombreux établissements accueillent des enfants de familles qui rencontrent des difficultés financières, sociales et éducatives, et qui ont besoin d’un encadrement de la meilleure qualité qui soit, éducativement et pédagogiquement. 

C’est exactement le contraire que fait le gouvernement français : les enseignants les plus récemment formés sont envoyés dans ces académies sous-dotées et difficiles, et cela ne suffit encore largement pas à couvrir les besoins, c’est pourquoi c’est aussi dans ces académies que le plus grand nombre de contractuels sont recrutés. À titre d’exemple, la seule académie de Versailles au printemps dernier cherchait 2 000 enseignants contractuels.