L’eau, un bien commun sacrifié

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L’eau, un bien commun sacrifié

L’eau est une ressource vitale, indispensable à la vie humaine comme au bon fonctionnement des écosystèmes. Pourtant, en France, cette ressource précieuse est menacée par de nombreuses formes de pollution : pesticides issus de l’agriculture, rejets industriels, microplastiques, mais aussi résidus de médicaments comme les hormones de la pilule contraceptive, qui perturbent les milieux aquatiques.

Conscientes de cet enjeu, les autorités publiques ont mis en place plusieurs dispositifs de protection, comme les agences de l’eau, des normes de qualité et des lois visant à encadrer les rejets polluants.

PFAS : le scandale de l’usine Tefal

Mais malgré ces efforts affichés, certaines pollutions échappent au contrôle ou sont volontairement minimisées. Et c’est précisément ce que révèle un scandale récent : celui de l’usine Tefal de Rumilly, en Haute-Savoie. Derrière les poêles anti-adhésives présentes dans des millions de foyers, se cache une réalité bien plus sombre : des décennies de pollution aux PFAS, ces « polluants éternels » qui empoisonnent à la fois l’environnement, les êtres humains et mettent en lumière la complaisance des autorités politiques.

Les PFAS, utilisés pour fabriquer les revêtements anti-adhésifs, ne disparaissent jamais dans la nature. À Rumilly, des milliers de tonnes de boues toxiques ont été enfouies dans une carrière, contaminant durablement les nappes phréatiques. Ces substances s’infiltrent dans les rivières, menacent la biodiversité aquatique et s’accumulent dans les sols. Résultat : des écosystèmes fragiles sont bouleversés, et la ressource en eau, censée être pure et protégée, devient un vecteur de pollution invisible mais persistante.

Le cas de Rumilly n’est pas isolé : partout en France, les nappes phréatiques sont menacées par les nitrates et les pesticides, les stations d’épuration laissent passer des résidus médicamenteux, et les microplastiques s’accumulent dans les rivières et les lacs.

Des habitants directement touchés

Les habitants de la région, comme certains anciens salariés de Tefal, sont les premières victimes de cette contamination. Les PFAS sont soupçonnés de provoquer des maladies graves : cancers, troubles hormonaux, problèmes de fertilité, diabète. Dans les foyers concernés, la confiance envers l’eau du robinet s’effondre, obligeant parfois les habitants à acheter de l’eau en bouteille, ce qui accroît les inégalités sociales.

Ce scandale illustre une réalité glaçante : quand l’industrie privilégie ses profits, c’est la santé des citoyens qui devient une variable d’ajustement.

Quand l’État ferme les yeux

Mais l’affaire Tefal ne révèle pas seulement les abus d’une multinationale : elle met aussi en lumière les failles de l’État. Informées depuis longtemps des risques liés aux PFAS, les autorités publiques ont choisi la discrétion plutôt que la transparence. Plus grave encore, en 2024, alors qu’une loi ambitieuse devait restreindre ces substances, le gouvernement a cédé face au lobby de SEB, maison-mère de Tefal. Résultat : les ustensiles de cuisine ont été exclus de l’interdiction, preuve que l’économie prime une fois encore sur la santé publique et l’environnement.

Cette complaisance alimente une profonde défiance citoyenne et pose une question essentielle : à qui profite réellement la politique de l’eau en France ?

Le scandale Tefal n’est pas un accident isolé : il illustre la façon dont l’eau, bien commun essentiel, peut être sacrifiée sur l’autel des profits industriels et des compromis politiques. Face à un désastre environnemental durable, des risques sanitaires avérés et des décisions publiques discutables, il devient urgent de repenser notre rapport à cette ressource et d’exiger des choix courageux. Car protéger l’eau, c’est protéger la vie, la santé et l’avenir des générations futures.


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