Alors que la date du 10 septembre se rapproche, les stratégies s’affinent. Si la participation syndicale révèle une équation plus difficile qu’il n’y paraît, LFI cherche déjà à donner au mouvement des visées institutionnelles. Les communistes, eux, fixent d’autres objectifs politiques, sans rompre le dialogue avec les stratégies syndicales.
LFI ou le risque d’une stratégie qui tourne court
Le choix, pour LFI, d’appeler rapidement à rejoindre les mobilisations visait à obtenir une sympathie dont la finalité devait se traduire dans les urnes.
Dans une note de blog, Jean-Luc Mélenchon a ainsi commencé par insister sur l’importance de “l’autonomie et l’indépendance” du mouvement social à venir, dans lequel il voit la marque des révolutions du XXIᵉ siècle. Si LFI cherche ainsi à se construire une image de parti révolutionnaire en phase avec les mouvements sociaux, sa position au sein de ces derniers est plus ambiguë.
L’évolution des prises de position insoumises traduit la volonté de fixer des objectifs purement institutionnels à ce mouvement. Ainsi, pour Jean-Luc Mélenchon, le mouvement social peut réussir à condition que François Bayrou soit “pris en tenaille” entre, d’un côté, la mobilisation sociale et, de l’autre, la motion de censure déposée par LFI.
Face au choix de François Bayrou de faire un vote de confiance, les insoumis ont sorti la carte de la motion de destitution, fixée au 23 septembre. Sans possibilité d’aboutir, cette tactique vise simplement à mettre en avant la revendication d’une VIᵉ République.
Derrière la défense de l’autonomie du répertoire d’action du mouvement se cache un objectif : faire accepter les ambitions politiques et institutionnelles des insoumis comme but de la mobilisation. Ces illusions parlementaires, sans cesse cultivées, sont pourtant à la source du fossé entre travailleurs et organisations politiques. Plus encore, Jean-Luc Mélenchon en a profité pour tenter de dicter une ligne de conduite aux syndicats, souhaitant les voir appeler à la grève générale.
Pour les syndicats, la difficile équation
Invitée de BFMTV, Sophie Binet avait déjà balayé la remarque de Jean-Luc Mélenchon, l’invitant à se syndiquer pour faire valoir ses idées. Pour les syndicats, l’équation du 10 septembre est complexe et traversée par plusieurs difficultés.
La CGT n’a pas appelé à la grève mais à la construire le 10 septembre, en débattant sur les lieux de travail. Ce choix d’organiser la grève par la base traduit le souhait d’accompagner sans paraître “récupératrice”, en construisant une stratégie de long terme.
En creux, se dresse la question de l’organisation des travailleurs sur leur lieu de travail, difficulté centrale pour les syndicats mais qui semble aujourd’hui au second plan dans le mouvement qui s’annonce.
Le second problème est celui de l’articulation entre radicalité et unité syndicale. Comme l’expliquait B. Giraud au micro de l’Humanité, penser que des modalités de lutte plus radicales, comme la grève générale, permettront de mobiliser plus largement est une illusion.
Au contraire, le sociologue insiste sur le risque de briser l’unité entre travailleurs en lutte dans les entreprises. Un problème que les syndicats ont en tête, en fixant l’objectif d’une date interprofessionnelle.
Les communistes veulent construire un chemin
La semaine dernière, Léon Deffontaines, porte-parole du PCF, avait insisté sur l’importance de se lier à toutes les mobilisations contre le budget, y compris celles du 10 septembre.
Cependant, pour les communistes, réduire la colère à un problème de gouvernement ou d’institutions serait une erreur. Ian Brossat martèle ainsi que “ce qui est en cause, c’est le gouvernement, mais c’est aussi et surtout le système capitaliste” qui a “perdu sa légitimité, incapable d’offrir la prospérité promise”.
Pour les communistes, il est donc impératif de fixer d’autres buts politiques qu’un simple changement de gouvernement ou d’institutions. L’objectif est d’avancer vers une économie planifiée, pour réindustrialiser le pays et financer la formation. En clair, un pas après l’autre vers un socialisme à la française, que Fabien Roussel appelait déjà lors de la mobilisation pour Arcelor Mittal.
Néanmoins, pour le PCF, cela se construit, et ne peut se faire sans travailler avec les syndicats, sans partir de leurs problématiques. C’est pourquoi Igor Zamichiei, coordinateur du PCF, expliquait dans un échange avec la FSU et la CGT que l’enjeu premier du mouvement social à venir était la question de l’organisation des travailleurs.
Le tout, dans une stratégie réaliste de division du travail militant. Il a ainsi conclu son intervention en définissant une ligne claire : celle d’une construction “dans nos rôles respectifs, avec une coordination entre action politique et syndicale”.Cela rejoint les mots de Fabien Roussel, pour qui l’enjeu à venir est de “construire un rassemblement fondé sur une conscience de classe déjouant les tentatives de division. Ceci dans l’objectif de contraindre les entreprises à prioriser l’intérêt des travailleurs et de la nation”. De quoi construire un chemin.