Au Parlement, un jour sans fin

publié le dans
Au Parlement, un jour sans fin

Ce lundi 25 août, le Premier ministre François Bayrou a annoncé mettre son gouvernement en jeu en le soumettant à un vote de confiance devant l’Assemblée nationale le 8 septembre prochain. Tentative d’apaiser les foules avant les mobilisations prévues le 10 septembre ou bien réelle volonté de jouer la carte ultime de la démocratie ?

Ce qui est certain, c’est que cette décision et l’agitation parlementaire qui l’accompagne ne sont pas sans rappeler la motion de censure déposée contre le gouvernement Barnier en décembre 2024, ou encore la dissolution de l’Assemblée nationale la même année. L’annonce d’un recours au vote de confiance a suscité de nombreuses réactions de la part des principales forces politiques du pays.

Des prises de position attendues à gauche

Le 14 août, Jean-Luc Mélenchon et d’autres cadres de La France insoumise signent une tribune dans laquelle ils annoncent que leur mouvement prendra part à la mobilisation du 10 septembre. Le mot d’ordre qu’ils martèlent : « Renvoyer François Bayrou et son gouvernement, tout de suite. » Dans cette tribune, ils évoquent également le projet de déposer une motion de censure à l’Assemblée nationale. C’est donc sans grande surprise que les insoumis se sont précipités pour se positionner contre la confiance à la suite de la conférence de presse du Premier ministre.

Sur leurs talons, Marine Tondelier a annoncé lundi en fin d’après-midi que les écologistes se prononcent également « contre » le vote de confiance, qu’elle considère déjà comme « une démission » de François Bayrou.

Ces positions attendues de la part des deux partis rejoignent un seul et même mot d’ordre : la chute du gouvernement Bayrou et le refus de son plan budgétaire. Le raisonnement est clair : l’amélioration du niveau de vie des Français passe uniquement par le renversement du gouvernement.

Le RN surfe sur la vague d’une possible dissolution

De l’autre côté de l’hémicycle, l’extrême droite s’est frotté les mains à la suite des annonces du Premier ministre. Consciente de la percée du Rassemblement national dans le pays, Marine Le Pen a annoncé sur X que son parti votera « évidemment contre la confiance », ajoutant que « seule la dissolution permettra aux Français de choisir leur destin, celui du redressement avec le Rassemblement national ».

Lors des dernières législatives, consécutives à la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, le RN était passé de 88 à 123 sièges, une augmentation significative. Jordan Bardella affirme sur X que le RN est « prêt » pour « un retour aux urnes ». En poussant vers la dissolution, le parti d’extrême droite semble vouloir surfer sur l’affaiblissement de la majorité présidentielle et sur les dissensions à gauche pour s’ériger en sauveur de la nation.

Les socialistes en faiseurs de rois

Comme à l’accoutumée, c’est le Parti socialiste qui s’est positionné en dernier sur le vote de confiance, lundi vers 20 heures. Lors d’un entretien au Monde, Olivier Faure a déclaré qu’« il est évidemment inimaginable que les socialistes votent pour la confiance au Premier ministre », faisant ainsi pencher la balance du vote en faveur de la démission du gouvernement.

Pour le premier secrétaire du PS, le mieux que Macron puisse faire pour régler la situation est « de laisser le Parlement choisir sa propre voie ». Préférant concentrer ses forces dans les débats parlementaires et « donner un débouché politique à cette exaspération », Olivier Faure a également annoncé que, concernant le mouvement de grève du 10 septembre, la « place » des socialistes « n’est pas dans la rue ».

Des rôles bien répartis

Ce jeu parlementaire n’est pas sans rappeler l’effervescence de décembre 2024, provoquée par la motion de censure portée par le Nouveau Front populaire contre le gouvernement Barnier à l’Assemblée nationale.

À l’époque, c’était déjà La France insoumise qui avait porté le projet de motion au sein du NFP, faisant de l’illégitimité du Premier ministre Barnier son cheval de bataille, alors qu’une candidature alternative avait été proposée par le regroupement de la gauche. Le Rassemblement national avait alors lui aussi voté la motion de censure. Il semble donc que, dans le théâtre du Parlement, chaque acteur rejoue son rôle dans ce deuxième acte.

Cependant, une question subsiste en coulisses : puisque la chute du gouvernement Barnier n’a manifestement pas rétabli la stabilité politique, en sera-t-il de même si le gouvernement Bayrou tombe à son tour ?

Les communistes à rebours

À rebours de la dynamique électoraliste qui se dessine dans les différents partis, le groupe de la Gauche démocratique et républicaine (GDR) de l’Assemblée nationale rappelle, dans un communiqué paru le 25 août, que « jamais la pauvreté n’a atteint de tels niveaux dans notre pays depuis trente ans ».

Son président, Stéphane Peu, a exprimé dans un entretien avec l’Humanité l’intention des communistes de voter « contre la confiance ». Il affirme que « la confiance ne peut pas s’accorder sur la simple base d’un constat, elle s’obtient devant une proposition politique ».

Lors des Universités d’été du PCF, qui se sont tenues du 22 au 24 août, Fabien Roussel a déclaré dans son discours : « Pour leur résister, nous avons l’action et l’union dans l’action. Nous avons aussi nos groupes au Parlement. […] Mais l’action, c’est aussi celle du peuple, justement. Et c’est à lui, aux salariés, qu’il revient de se mobiliser comme jamais », réaffirmant au passage le soutien du PCF aux grèves attendues le 10 septembre.

L'acceptation des cookies de Twitter est nécessaire pour voir le contenu.

Quelle issue le 8 septembre ?

L’addition des intentions de vote des différents partis semble destiner le gouvernement Bayrou à démissionner à l’issue du vote de confiance. Alors que le PS, LFI, le PCF, les écologistes, l’UDR et le RN ont annoncé voter contre, seuls Les Républicains, Renaissance, MoDem et Horizons ont annoncé voter pour.

On comptabilise donc, a priori, 330 parlementaires contre et 210 pour, la majorité absolue étant fixée à 288 sièges. Alors qu’il est très probable que le gouvernement soit remanié, l’actuel ministre des Sceaux Gérald Darmanin a averti sur France 2, le 26 août, qu’« il ne faut pas écarter » l’hypothèse d’une dissolution de l’Assemblée nationale.


Édition hebdomadaire

Mêmes rubriques