« Nous nous battons pour que les femmes soient libres de choisir leur maternité »

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« Les droits que nous avons acquis sont menacés par l’extrême droite qui se tient aux portes du pouvoir depuis plusieurs années et c’est le cas aussi de toute l’Europe. S’il y a encore quelques mois nous étions mobilisés pour nos consœurs états-uniennes qui voyaient le droit à l’IVG supprimé dans 13 États, aujourd’hui nous partageons cette crainte avec nos consœurs italiennes dont le droit à l’IVG sera mis en péril avec la victoire récente de Giorgia Meloni. L’Europe fait un bond en arrière énorme puisque l’IVG était déjà interdite en Finlande, en Pologne, à Malte, et déjà en danger en Irlande et en Hongrie. 

Mais il nous faut aussi parler de la guerre, car comme le disent Engels et Flora Tristan : “la femme est la prolétaire du prolétaire”, partout ou l’homme souffrira, la femme souffrira deux fois plus, et la guerre en est un parfait exemple. Les Ukrainiennes et les Russes par exemple sont soumises au trafic, aux viols de guerre, elles seront forcées à la prostitution, l’inflation fait que les contraceptions sont hors de prix, les réfugiées ukrainiennes sont nombreuses à être accueillies en Pologne, mais en Pologne l’IVG est interdite alors elles seront forcées à la grossesse indésirée ou aux mutilations génitales. 

L’Interruption volontaire de grossesse est un acte médical qui a révolutionné la vie des femmes et des personnes assignées femmes et les a émancipées.

La société oublie que donner la vie est un acte de responsabilité, et que cela doit être un acte d’amour également. Lorsque les conservateurs, les fanatiques, les misogynes poussent ou obligent à la grossesse sans consentement, sous prétexte de respecter la vie, ils mettent en danger en fait la vie des femmes et celle des enfants qui naîtront. 

“Il en va toujours de la responsabilité de la femme”

La contrainte changera la vie de ces femmes et tous leurs projets ; elles seront malheureuses, forcées chaque jour à vivre une vie qu’elles n’ont pas désirée. En ce qui concerne l’enfant qui naîtra, il grandira avec un manque d’affection, peut-être dans la précarité, sans perspective d’avenir. C’est cela respecter la vie ? Combien faut-il encore d’enfants à la DDASS, en foyer d’accueil ? À la rue ? Combien faut-il encore de femmes précaires, frustrées, opprimées, dépassées, suicidaires et surtout seules, car bien souvent dans ce cas de figure le compagnon prend la fuite ? 

Il en va toujours de la responsabilité de la femme : “elle aurait dû se protéger”, “pourquoi elle ne prend pas la pilule ?”, “tu récoltes ce que tu sèmes”, “tu n’avais qu’à t’abstenir”, “tu couches avec trop d’hommes”. Quand l’homme, lui, n’est jamais inquiété, jamais pointé du doigt, il peut s’enfuir, ce n’est pas lui qui verra son ventre grossir pendant 9 mois, qui connaîtra le jugement, les regards, qui devra affronter ses parents, ce n’est pas lui qui connaîtra les nausées, les carences, les chutes de cheveux, les problèmes hormonaux, la précarité, l’incertitude et enfin l’accouchement. 

Attaquer la responsabilité des femmes est hypocrite quand on sait qu’aucune contraception n’est efficace à 100 % et que les femmes ne sont pas à l’abri d’une agression sexuelle. Un préservatif qui craque, la pilule du lendemain incertaine, un stérilet mal posé ou qui glisse trop bas, une pilule contraceptive inadaptée. Le coût de la vie est trop cher et la contraception se fait de plus en plus inaccessible. Les hommes font pression sur leur partenaire pour coucher sans préservatif. Voilà autant de raisons qui peuvent plonger les femmes dans une grossesse indésirée. 

“L’éducation sexuelle est trop absente”

On appelle à la responsabilité des femmes dans un état capitaliste. Un patch ou anneau c’est environ 15 € par cycle, la pilule c’est 4 à 15 € par mois, une boite de 10 préservatifs c’est 10 € en moyenne, le prix d’un test de grossesse c’est 9 €, un seul préservatif féminin c’est 2 €, une pilule du lendemain efficace c’est presque 20 €. 

L’éducation sexuelle est trop absente dans les collèges et lycées, certains n’en ont même jamais eu. Quand j’étais au collège, une seule fois en quatre ans, une infirmière a pris un moment pour venir expliquer brièvement en classe les différentes méthodes contraceptives et sachez que les garçons pouvaient être dispensés d’assiduité à ce temps. On voit bien que dès la puberté on déresponsabilise les hommes. 

L’éducation sexuelle est trop brève, trop absente, combien de jeunes femmes prennent la pilule de façon mécanique, mais qui le jour où elle l’oublie sont paniquée, car elles ne savent pas quoi faire ? Combien sont celles qui ont eu recours à la pilule sans savoir que ce n’était pas une contraception faite pour certaines d’entre elles ? Et qui se retrouveront ensuite avec un kyste ovarien, des règles trop longues ou douloureuses ou encore une dépression. Combien sont celles qui ne font pas d’examen gynécologique régulier, car trop peu informées ou trop précaires ! 

Les femmes de conditions modestes partout dans le monde seront toujours les plus impactées. Elles connaîtront la condamnation, la culpabilité, la honte, le rejet. 

“44 % des femmes mènent des grossesses non désirées”

220 millions de femmes n’ont pas accès à la contraception dans le monde, les Nations Unies comptent en moyenne 80 millions de grossesses non désirées dans le monde, les pays occidentaux se pavanent d’être les pays des droits de l’homme, d’être plus avancés, plus développés, mais en matière de droit des femmes et d’IVG nous sommes très mauvais. En Amérique du Nord, une grossesse sur deux est non désirée, mais seulement 18 % de ces grossesses non désirées sont interrompues. En Europe, 44 % des femmes mènent des grossesses non désirées et seulement un peu plus de la moitié d’entre elles ont accès à l’IVG. 

Ce serait égoïste de ne pas vouloir garder l’enfant ? Aucune femme ne recourt de gaîté de cœur à l’avortement. C’est un acte très difficile où la patiente perd son sang pendant plusieurs semaines parfois pendant deux mois, sans compter la façon dont la société fera culpabiliser ces femmes, elles connaîtront l’opprobre et surtout la solitude, car nombreuses sont celles qui traversent cette épreuve seule. 

Nombreuses témoignent du fait que l’IVG aura un impact important sur leur vie sexuelle, la peur de retomber enceinte, le désir amoindri. Pour qui ces gens se prennent-ils pour venir dire aux femmes qui traversent ce qu’ils ne connaîtront jamais qu’elles sont égoïstes ?

Comme le disait Gisele Halimi, figure importante du combat pour le droit à l’IVG, nous ne faisons pas de croisade pour l’avortement, nous nous battons pour que les femmes soient libres de choisir leur maternité. »