Ce n’est pas un secret. La pollution au plastique est devenue en quelques décennies un enjeu international. Selon un rapport de l’OCDE de 2023, ce sont plus de 350 millions de tonnes de déchets plastiques qui sont produits chaque année, dont seulement 9 % sont réellement recyclés. Le reste est soit abandonné dans la nature (22 %), soit stocké dans des décharges (50 %), soit incinéré (19 %). Les industriels ainsi que les gouvernements sont malgré tout très frileux quand il s’agit de mettre en place des mesures contraignantes face à l’urgence de la situation.
En décembre 2024, se tenait la dernière phase de négociations sur un potentiel traité international sur le plastique, à Busan en Corée du Sud. Bien que de nombreux pays aient la volonté de réguler la production plastique à l’échelle mondiale, les négociations ont été un échec, les pays producteurs de pétrole étant vent debout contre la moindre mesure contraignante.
Les algues : une ressource renouvelable et encore inexploitée
Face à cette situation, des instituts de recherche, en partenariat avec des industriels, étudient des alternatives aux plastiques issus du pétrole. Parmi elles, les études sur l’exploitation des algues comme matière première de futur bioplastique sont prometteuses.
L’objectif est d’utiliser des algues issues d’échouages massifs qui ont lieu régulièrement, notamment sur les côtes bretonnes. Ces proliférations d’algues sont dues à un déséquilibre des écosystèmes engendré par une forte pollution aux nitrates des eaux côtières. Ces derniers sont déversés, via les engrais, dans les cultures céréalières et autres cultures intensives.
Lorsque les algues s’échouent, elles se décomposent en émettant des gaz, comme de l’hydrogène sulfuré, toxique pour les animaux et l’humain, et étouffent la faune et la flore situées dans ces zones côtières.
L’utilisation de ces algues pourrait donc avoir un double intérêt : remplacer une partie du plastique pétrolier et exploiter une nouvelle ressource non valorisée à l’heure actuelle.
La recherche à l’avant-garde
L’idée est de récupérer des molécules comme l’amidon, très présentes dans certaines algues, puis de les purifier pour ensuite produire des polymères aux caractéristiques physiques similaires aux plastiques pétroliers. D’autres végétaux sont étudiés depuis plusieurs années pour la production de ces molécules, notamment le maïs et le blé. Mais cela impliquerait d’empiéter largement sur les cultures à vocation alimentaire, pour la production de bioplastique.
Une autre méthode consiste à cultiver en laboratoire des micro-algues capables de produire en grande quantité des molécules glucidiques pouvant être récupérées et utilisées pour la fabrication de divers objets par impression 3D. Mais cette technique n’est encore qu’à l’état expérimental au sein des laboratoires de l’IMT (Institut Mines-Télécom), notamment, et présente des problèmes de rentabilité.
Les solutions miracles, ça n’existe pas
Les bioplastiques permettraient, dans un premier temps, de remplacer les plastiques d’emballage qui sont parmi les premières sources de pollution au plastique du fait de leur omniprésence dans notre quotidien. Mais, à l’heure actuelle, les bioplastiques ne présentent pas encore les caractéristiques de solidité et de durabilité dans le temps suffisantes pour pouvoir être produits à grande échelle et commercialisés.
Malgré des avancées encourageantes, les rendements de production de bioplastique d’algues ne sont pas compétitifs, les coûts de production étant trop élevés. Il y a donc encore des progrès à faire pour pouvoir espérer un jour mettre en place une filière à l’échelle industrielle.
Bien que les algues soient une piste d’avenir pour la diminution de la production de plastique pétrolier et une opportunité pour exploiter une ressource durable, on ne mettra pas fin à la pollution engendrée par le plastique uniquement en le remplaçant par des formes plus durables.
La recherche peut trouver des solutions aux enjeux écologiques actuels, mais seulement si les financements suivent. Le budget 2025 du gouvernement Bayrou prévoit une coupe budgétaire de 1,2 milliard d’euros dans l’enseignement supérieur et la recherche, dont 529 millions dans la recherche dans les domaines de l’énergie, du développement et de la mobilité durables.
Pourtant, il est plus que temps d’investir massivement dans une recherche qui réponde aux besoins humains, en accord avec les enjeux environnementaux et dénuée de toute logique de rentabilité capitaliste. L’exemple de l’exploitation des algues pour l’élaboration de bioplastiques est typique d’une potentielle filière circulaire avec un impact environnemental positif qui pourrait être développé rapidement. La recherche et l’enseignement supérieur ne peuvent être une variable d’ajustement pour un État lui-même en grande partie responsable du déficit public.
Il est urgent de conclure un traité international visant à réguler la production de plastique et son usage et permettant de favoriser son recyclage. Les plastiques issus du pétrole doivent être d’abord réservés aux secteurs d’activité où son utilisation est pour l’instant incontournable, tels que la santé.
De réelles avancées techniques sur le plan du recyclage doivent être faites. La sensibilisation à de nouveaux modes de consommation doit se développer. La lutte contre la pollution plastique ne peut se faire qu’en combinant innovations technologiques et scientifiques, réduction drastique de son usage et amélioration des filières de recyclage.