Le gouvernement chasse les migrants dans l’hébergement d’urgence

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Le gouvernement chasse les migrants dans l’hébergement d’urgence

Un an et demi après la circulaire Collomb, Castaner prend le relai pour chasser les migrants dans les structures d’hébergement d’urgence. Une nouvelle étape dans l’inhumanité.

Toujours un peu plus d’inhumanité

Silencieux suite à l’arrestation de Carola Rackete, le gouvernement a décidé de lui aussi se lancer dans une nouvelle chasse au migrant. En décembre 2017, la circulaire dite Collomb du nom du ministre de l’Intérieur d’alors avait suscité un levé de bouclier de la part des acteurs de l’hébergement d’urgence en voulant que ces derniers dénoncent les migrants en situation irrégulière qu’ils auraient pu héberger. Une mesure par la suite inscrite dans la loi Asile-Immigration. Finalement seules des équipes mobiles de l’OFII pouvaient procéder à des contrôles sur la base du volontariat des structures d’accueil. 

Son successeur Castaner lui emboîte le pas en souhaitant instituer un échange d’informations entre le 115, la plateforme d’urgence pour l’hébergement des sans-abris et l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Selon l’Humanité qui a eu accès au projet de circulaire, cet échange d’informations prendrait la forme de réunion mensuel d’abord puis d’une fusion des fichiers. Il s’agit pour le gouvernement d’extraire les demandeurs d’asile qui ont normalement le droit à être hébergé par l’Etat de l’hébergement d’urgence. Cependant, la saturation des capacités d’accueil pour demandeurs d’asile laisse peu de chance que de tels transferts aient effectivement lieu. 

Entre expulsions et économies budgétaires

Le but le plus probable va être d’identifier des migrants sans papiers en vu de leur expulsion. A minima la mesure va conduire à les exclure de l’hébergement d’urgence au risque de les laisser à la rue dans des campements de fortunes. Cette nouvelle étape dans la chasse aux migrants marque le peu d’humanité que le gouvernement semble vouloir accorder aux migrants. L’enfermement et l’expulsion semblent être la seule boussole alors même que ces mesures outre leur inhumanité se sont avérées inefficace. Les stratégies d’expulsions se heurtent au refus de fournir des laissez passer consulaire de certains pays, on condamne ainsi à la clandestinité des personnes qui ne sont de toute façon pas expulsables. 

En mettant fin au principe d’inconditionnalité de l’hébergement, le gouvernement accepte le fait que l’on puisse mourir à la rue en France. Il est également possible qu’une partie de cette politique vise à faire des économies budgétaires, ainsi la circulaire prévoit la possibilité de retirer l’aide au logement des demandeurs d’asile qui bénéficierait de l’hébergement d’urgence, les plongeant davantage encore dans la misère. Cette aide de 7,4 € par jour qui s’ajoute à l’allocation pour les demandeurs d’asile de 6,8 € soit 14,2€ par jours, des montants insuffisants pour se loger et vivre alors que les demandeurs d’asile n’ont pas le droit de travailler durant les six premiers mois de l’examen de leur demande d’asile. Le gouvernement prendrait ainsi sa revanche, il avait été contraint d’augmenter l’aide au logement par le Conseil d’Etat qui l’avait jugée insuffisante. 

Les places “libérées” ainsi dans l’hébergement d’urgence limiteront également les engagements financiers auxquels l’Etat doit consentir chaque hiver pour pallier à l’insuffisance d’un système saturé. 

Une xénophobie criminelle

Cette mesure vient s’ajouter une longue liste de mesures stigmatisant toujours davantage les étrangers. À la droitisation de l’électorat de la majorité, s’ajoute une volonté de faire du RN le premier opposant en entretenant ses sujets pour le faire monter. Le jeu est dangereux et le président s’y est déjà brûlé les ailes en finissant derrière eux aux élections européennes. Il semble que la leçon n’ait pas suffi.

Sur cette mesure spécifiquement le cynisme du calcul opéré pour préférer voir mourir dans la rue les migrants plutôt que de subvenir à leurs besoins les plus basiques montre presque à lui seul l’absurdité de la stratégie anti-migrants. Personne ne fuit son pays pour “profiter” du supposé “laxisme” des politiques d’un pays étranger. Enfermer et pourchasser les migrants ne fera pas disparaître la misère et la guerre. Le massacre de 53 migrants en Libye, détenus dans un hangar frappé par un bombardement le rappel cruellement. 

Le courage politique impose de revenir sur des années de législations criminalisant les migrants pour proposer une politique d’accueil digne. C’est ce que l’humanité de tout un chacun impose.


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