Au Parlement européen, les pesticides ont de l’avenir

publié le dans
Au Parlement européen, les pesticides ont de l’avenir

Avec la réautorisation du glyphosate et le rejet d’un plan de réduction des pesticides, novembre 2023 marque un mois sombre pour l’écologie dans l’Union européenne. Entre lobbying, débats de fond et enjeux de classe, tour d’horizon de deux occasions manquées.

Pesticides : revers pour le « pacte vert »

Le 22 novembre, la Commission européenne a présenté au Parlement européen son plan de réduction de moitié de l’usage des pesticides d’ici à 2030. Ce plan s’inscrit dans le « pacte vert pour l’Europe » : lancé en 2019, cet ensemble de mesures vise à « engager l’UE sur la voie de la transition écologique, l’objectif ultime étant d’atteindre la neutralité climatique à l’horizon 2050 », explique le Conseil européen.

Mesure importante du « pacte vert », ce plan a pourtant été nettement rejeté par le Parlement européen. C’est la droite du Parti populaire européen qui a fait passer l’essentiel des amendements affaiblissant le texte. Vidé ainsi de sa substance, le texte projeté a été largement rejeté par 299 voix contre 207.

Glyphosate : dix ans de plus

Quelques jours plus tôt, la Commission européenne prolongeait l’autorisation du glyphosate jusqu’en 2033. Pour cause, aucune majorité ne s’était dégagée à Bruxelles lui permettant de prendre une position tranchée sur l’interdiction du glyphosate, considéré comme « cancérogène probable » par l’Organisation mondiale de la santé.

L’abstention de la France lors de ce vote tranche avec l’ambition affichée dès 2017 par Emmanuel Macron d’interdire le glyphosate d’ici à 2020. En 2017, la France avait voté en faveur d’une interdiction du glyphosate dans l’Union européenne, contre l’avis de pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni. L’évolution de la position française témoigne d’une influence croissante des organisations patronales et des lobbies dans la politique du gouvernement, dont la FNSEA à qui ce dernier « prête une oreille attentive », souligne l’Humanité.

En France, la Confédération paysanne dénonce la décision de Bruxelles : « Réautoriser le glyphosate est une erreur monumentale. C’est ignorer la réalité qui veut que les paysan·nes soient les premières victimes des pesticides ». Le syndicat souligne également l’impasse que représente cette décision, qui « repousse aussi le déploiement des alternatives déjà existantes et le développement de nouvelles ».

Pour autant, l’interdiction inconditionnelle du glyphosate n’est pas une solution plus raisonnable. Si le Parti communiste dénonce « un non-sens écologique et social », il souligne aussi la nécessité d’« arrêter la concurrence déloyale ». Pour Léon Deffontaines, tête de liste du PCF aux élections européennes de 2024, une interdiction suppose d’abord d’« identifier les secteurs qui, aujourd’hui, ont besoin de glyphosate » et d’« accompagner vers une sortie » du glyphosate les agriculteurs.


Édition hebdomadaire

Mêmes rubriques