Accueillir les exilés dans l’enseignement supérieur. Panorama des initiatives et des perspectives de luttes

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Depuis le début de la guerre en Ukraine, la question de l’accueil des réfugiés ukrainiens est devenu un véritable enjeu des politiques publiques afin de rendre effectif le soutien de la France au peuple ukrainien et dénoncer l’agression commise par la Russie. 

Mais très vite, cet accueil a généré différents couacs auprès des autres réfugiés et des associations qui luttent pour faire reconnaître leurs droits, car l’accès au statut administratif de « protection temporaire » rendu possible aux réfugiés ukrainiens fut refusé quelques mois auparavant par l’Union européenne aux exilés afghans qui fuyaient la chute de Kaboul et les horreurs commises par les talibans. 

De plus, très rapidement, une autre question s’est posée : celle de l’accueil des étudiants non ukrainiens qui eux aussi fuyaient la guerre en Ukraine et qui se sont vus délivrer une fin de non-recevoir par les pays de l’UE, voire ont subi un certain racisme délibéré par les pays frontaliers de l’Ukraine comme en Pologne ou en Hongrie.

Cette question est importante puisqu’elle interroge l’accueil effectué par les universités des publics exilés. Celles-ci ont très rapidement réagi, par l’intermédiaire du Réseau Mens (migrant dans l’enseignement supérieur), pour exhorter le gouvernement français à accueillir l’ensemble des étudiants qui étudiaient en Ukraine.

Le réseau Mens, pivot de l’accueil des exilés au sein des Universités françaises 

Ce réseau, ou plutôt cette association, est constitué de plusieurs dizaines d’Universités et de grandes écoles qui agissent ensemble pour permettre aux étudiants exilés de reprendre des études en France. Il est né à la suite des différentes crises migratoires des années 2010, et de la mise en place de différents dispositifs par certaines Universités à partir de 2015 pour accueillir dignement les étudiants en exil. Le réseau s’est constitué pour pouvoir porter cette thématique au niveau national et permettre des échanges entre les différents acteurs de l’accueil.

Le terme « exilé » choisi par le réseau n’est pas anodin puisqu’il évite de rentrer dans les différences purement administratives que sont les statuts de « demandeur d’asile » et de « réfugié », etc. Cela permet de parler de l’ensemble des personnes ayant demandé une protection à la France et évite de pratiquer une sélection discriminante sur le statut administratif dont la délivrance est purement politique, voire arbitraire, allant à l’encontre des valeurs humanistes portées par les Universités.

Mens a d’ailleurs permis la création d’un diplôme national ouvrant droit à la bourse pour les réfugiés via son travail de réseau et le portage des dispositifs au niveau du ministère via la création du diplôme universitaire (DU) Passerelle.

Le DU Passerelle, une première reconnaissance nationale de l’accueil des exilés

Ce DU a vu le jour en 2019 à la suite d’échanges avec le ministère (MESRI) et le CNOUS pour pallier les différents problèmes que rencontraient les dispositifs d’apprentissage de la langue française déjà existant au sein des Universités de type DU Français langue étrangère ou équivalent. Ceux-ci n’ouvrent aucun droit à bourse sur critère social et au logement au sein des cités universitaires, ce qui crée des conditions sociales difficiles pour les personnes inscrites dans ces formations. 

Le dispositif Passerelle est venu permettre aux exilés ayant le statut de réfugié/protection subsidiaire/protection temporaire ou bénéficiaire d’une protection internationale (BPI) de bénéficier d’un droit aux bourses et aux logements du CROUS pendant la période d’apprentissage de la langue. Il inclut généralement un accompagnement à la reprise de formation universitaire.

Ce dispositif permet d’ancrer l’action du réseau et de montrer son rôle dans la prise en considération de la question de l’exil au sein de l’Enseignement supérieur. Cependant, il n’est encore que trop peu connu et financé, car aujourd’hui insuffisant pour permettre l’accompagnement de l’ensemble des réfugiés qui souhaite pouvoir en bénéficier et est restrictif, car il n’ouvre des droits sociaux que pour les BPI.

Malgré cela, de nombreuses Universités se servent de ce dispositif reconnu nationalement pour accueillir de nombreux étudiants en exil et certaines d’entre elles font le choix politique de ne pas inscrire que des BPI mais également des demandeurs d’asile.

Des Universités motrices dans l’accueil inconditionnel des exilés

Même si aujourd’hui les dispositifs DU Passerelle rassemblent une part importante de l’accueil des exilés au niveau national, ce n’est pas le seul dispositif existant.

En effet, au niveau local, différentes Universités continuent de porter d’autres dispositifs complémentaires pour permettre aux demandeurs d’asile et/ou déboutés de pouvoir reprendre des études. Les exemples de dispositifs ne manquent pas :

  • DUEF ou dispositif d’accès dérogatoire à l’Université de Lille qui permet aux exilés pour pouvoir postuler en FLE ou entrer en formation diplômante (Licence/Master)
  • Bureau Colibri à l’Université de Grenoble qui accompagne les personnes exilées dans leur démarche de reprise d’étude
  • DU Tremplin ou DU Relier à Bordeaux et Strasbourg ouverts à l’ensemble des exilés

Le problème que rencontrent ces dispositifs est qu’ils ne sont pas financés intégralement par le MESRI, mais par les Universités concernées qui financent sur fonds propre cet accueil avec les limites que cela impose : impasse administrative en cas de rejet de la demande d’asile, difficultés sociales liées aux manques de moyens des structures qui accompagnent les demandeurs d’asile, etc.

La lutte des concernés s’organise et elle s’illustre au niveau local par la création de collectifs qui cherchent à faire reconnaître les difficultés rencontrées par les étudiants exilés. À Lille, cette lutte prend la forme d’une revendication à un statut particulier qu’est celui de l’étudiant en exil défendu par le collectif Galois qui réunit des exilés et leurs soutiens.

C’est pour cela qu’au niveau national, des associations de concernés comme l’Union des étudiants exilés (UEE) et des associations de défense des droits des étrangers comme le Gisti ou le Résome se battent pour obtenir davantage de financements des dispositifs d’accompagnement des étudiants exilés. Ils cherchent à faire en sorte que les étudiants exilés disposent des mêmes droits que les autres étudiants. 

À l’heure où le gouvernement cherche à précariser toujours davantage nos conditions d’études en sous-dotant l’Enseignement supérieur, et à faire être rentable sur le dos des étrangers en les discriminant par des frais différenciés via l’arrêté inique « Bienvenue en France », il est plus qu’urgent de rappeler que le droit d’étudier doit être accessible à tous. Cela qu’importe son statut social ou administratif : en tant qu’étudiants nous devons avoir les mêmes droits. 

Défendons ce droit fondamental qu’est celui de l’accès à l’éducation, afin de pouvoir étudier toutes et tous dans de bonnes conditions sans avoir à subir la précarité quotidienne qui diminue nos chances de réussir nos études !