Coupe du monde 2022 : en deuxième semaine, le niveau monte d’un cran

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Après une première semaine très politique, la Coupe du monde au Qatar commence à prendre son rythme de croisière. 

Au fur et à mesure que les rodages s’effectuent, le niveau monte d’un cran. Côté politique, la lâcheté de certains dirigeants contraste de plus en plus nettement avec les aspirations des supporters et de certains joueurs. 

Tour d’horizon de cette deuxième semaine, hors et sur les terrains. 

On a aimé

Le brassard One Love qui trouve sa place dans les tribunes 

Chassez-le par la porte, il reviendra par la fenêtre. Interdit par la FIFA sur les terrains sous peine de sanctions, le désormais célèbre brassard « One Love » a réussi à se faire une place dans cette coupe du monde, mais côté tribune. 

Face au scandale de son interdiction, plusieurs personnalités politiques l’ont arboré en tribune. C’est notamment le cas de la ministre des affaires belges Hadja Lahbib ou encore de la ministre allemande des Affaires étrangères Nancy Fraser. 

Visiblement né avant la honte, Gianni Infantino, patron de la FIFA, a posé tout sourire aux côtés de cette dernière, affirmant qu’il soutenait fortement le port de ce brassard… mais pas sur le terrain visiblement. 

Celui-ci a aussi fait son apparition chez des supporters dans les tribunes. Une fois n’est pas coutume, certains ont été priés de le retirer à l’entrée du stade, comme l’ont vécu deux supporters allemands. 

Les bleus, première équipe qualifiée

En devenant la première équipe du mondial qualifiée pour le second tour, les bleus ont conjuré la malédiction du tenant du titre éliminé lors des phases de poules. 

Au terme d’un match haletant contre le Danemark, les joueurs français ont confirmé qu’ils faisaient partie des favoris de la compétition. 

Bien plus solides en défense que lors du match précédent, les Bleus ont surtout brillé par une attaque impeccable, sous la houlette d’un Griezmann omniprésent et impressionnant de maîtrise. 

Mais la star du jour s’appelait évidemment Kylian MBappé. Auteur d’un doublé (et d’un cassage de rein en règle sur un joueur danois), le natif de Bondy a prouvé qu’il figurait parmi les meilleurs attaquants du monde, et qu’il était capable de répondre présent dans les grands matchs. 

Après avoir ouvert le score, c’est lui qui est venu délivrer les bleus après l’égalisation danoise, permettant ainsi à l’Équipe de France de se qualifier pour les huitièmes de finale de la compétition. 

La leçon de football de l’Espagne et de l’Allemagne 

Dans le football, ce n’est pas juste le score qu’il faut regarder. C’est l’enseignement de cet Espagne-Allemagne, premier gros choc de cette Coupe du monde. Derrière une égalité, c’est à une véritable opposition de style que se sont livrés les deux équipes. 

Côté Espagnol, la sélection emmenée par Luis Enrique a déroulé tranquillement son style si reconnaissable : pressing haut, possession écrasante, jeu en une touche de balle, passes millimétrées… Ajoutez à cela un Morata dans le rôle de renard des surfaces pour concrétiser ce plan de jeu en but, et voici que la Roja, encore trop peu mature lors des dernières compétitions, apparaît comme un grand favori de ce mondial. 

De l’autre côté, l’Allemagne n’est pas apparue totalement dominée par la sélection espagnole. Si cette dernière pratique résolument un football très chorégraphié, l’Allemagne est tournée vers l’efficacité : contres menés tambour battant, duels physiques gagnés haut la main, coup de pieds arrêtés redoutables. Après avoir fait trembler les filets en première mi-temps sur un coup franc refusé pour hors-jeu, les hommes de Hans-Dieter Flick ont égalisé sur la fin du match grâce à un but de Füllkrug, servi par un Musalia exceptionnel durant tout le match. 

On a moins aimé 

Des arrêts de jeux interminables 

C’était annoncé, mais cela n’en demeure pas moins déroutant. Les arbitres ont reçu comme consigne de décompter plus strictement le temps perdu lorsque le jeu s’arrête. 

Une initiative louable pour augmenter le temps de jeu effectif, qui est en moyenne de 55 minutes sur un match qui en compte 90. 

Mais l’octroi de temps additionnels très importants en fin de période (parfois jusqu’à plus de 10 minutes) pose question tant il vient modifier le rythme d’un match, en venant rajouter de longues minutes de jeu alors que le match semble sur le point de se terminer. 

Pour augmenter le temps effectif de jeu, une autre solution pourrait être envisagée : passer au décompte effectif sur le modèle du rugby. Cela augmenterait le temps de jeu effectif, en même temps que cela dissuaderait les simulateurs de faire perdre du temps, tout en conservant le principe de 2 mi-temps de 45 minutes.

Les supporters en pull dans les tribunes 

Bienvenue en absurdie, bienvenue au Qatar. La simple annonce de stades climatisés avait déjà soulevé de nombreuses critiques, dans un pays où l’air conditionné est roi. 

Mais le scandale écologique s’est transformé en véritable honte lorsque des supporters se sont plaints… d’avoir froid dans les stades. 

Alors que les températures sont plus clémentes que celles envisagées, les organisateurs semblent vouloir rentabiliser coûte que coûte leurs systèmes de climatisation, entraînant des températures de moins de 20° dans les stades alors qu’elles avoisinent parfois à peine les 25°. Sobriété, donc. 

Le palmarès de la honte 

Le drapeau amazigh interdit de stade 

Cette semaine encore, les organisateurs se sont illustrés par une application zélée de la censure envers toute démonstration considérée comme non sportive dans les enceintes. 

Après les chapeaux LGBT, c’est le drapeau amazigh (drapeau berbère et kabyle) qui a été interdit à un supporter marocain. 

Devenu un des symboles du Hirak — soulèvements populaires en Algérie en 2019-, celui-ci avait été interdit par le général Ahmed Gaïd Salah, homme fort du pouvoir, au motif qu’il représentait un symbole « anti algérien ». Celui-ci sera ravi d’apprendre que son combat pour la censure de l’emblème a traversé les frontières. 

Noël le Graët — encore lui — qui humilie la France

Et encore une occasion de se taire manquée pour le président de la FFF ! 

Interrogé sur son refus d’impliquer la fédération dans toute forme d’action mettant en lumière les scandales de cette Coupe du Monde, celui-ci a revendiqué que cela n’était pas le « rôle » de l’Équipe de France. Se refusant à « créer toute polémique », il a exhorté ses joueurs à se contenter de « jouer au football ». 

Les familles des ouvriers morts et les personnes LGBT subissant la répression apprécieront de voir leurs combats qualifiés de polémique. 

Quant aux équipes allemandes, iraniennes, danoises ou encore anglaises, celles-ci apprendront donc qu’il est impossible de « jouer au football » tout en portant des messages sur les terrains. Étrange. 

Plutôt que de les voir prendre position, Noël le Graët préfère voir ses joueurs « donner une bonne image de la France », entendez par là se taire pour ne pas vexer le pays hôte. 

Quelqu’un pour lui rappeler la devise de la France ?