Retour sur la commémoration du 9 thermidor an II

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Le 30 juillet dernier, des associations œuvrant à la mémoire de notre Révolution française ont organisé leur habituelle commémoration en souvenir des 25 révolutionnaires montagnards assassinés sans procès le 9 thermidor an II. 

C’est dans le hall du Panthéon, devant le monument de la Convention nationale que l’ARBR (les amis de Robespierre) et l’association des Amis de Philippe Le Bas ont fait leurs interventions, devant quelques dizaines de personnes, notamment des membres du MJCF et du PCF.

Faire vivre la Révolution et la République sociale

Ce rassemblement annuel sert non seulement à honorer la mémoire et l’œuvre de Robespierre, de Saint-Just, de Couthon, de Philippe Lebas, de tous ces hommes et toutes ces femmes, portées par la mobilisation populaire, qui ont mis sur le devant des débats et des décisions nationales l’intérêt général et le progrès social. Mais c’est aussi pour rappeler à quel point parmi les combats menés par ceux-là même, il en est de profondément actuels. 

À ce sujet, Albert Mathiez, éminent historien communiste et robespierriste convaincu, disait à l’École des Hautes Études sociales :

« En consacrant nos efforts et nos veilles à réhabiliter sa mémoire [celle de Robespierre], nous ne croyons pas servir seulement la vérité historique, nous sommes sûrs de faire chose utile pour cette France, qui devrait rester ce qu’elle était au temps de Robespierre, le champion du droit, de l’espoir des opprimés, l’effroi des oppresseurs, le flambeau de l’univers. »  

Ce qui ressort de cette manifestation, c’est qu’il est plus que jamais d’actualité de faire vivre l’héritage républicain qu’ils nous ont laissé. De quel héritage parle-t-on ?

La Révolution sera sociale ou sera faible

Parmi les mérites que l’on peut attribuer à Maximilien Robespierre, il est celui de sa fine analyse des intérêts divergeant entre les classes sociales naissantes. L’œuvre de la Révolution ne devait pas se borner à expulser les privilégiés de noblesse pour y substituer les privilégiés de richesse. 

En homme d’action qui ne s’enfermait pas dans la théorie (nécessaire à son sens, mais bien insuffisante), il usa ses jours à défendre les intérêts de ceux qui étaient privés de représentation à l’Assemblée, les sans-culottes, les ouvriers et artisans. 

Ceux-ci étaient privés du droit de vote, du droit à la confection directe ou indirecte des lois, ne payant pas l’impôt minimum. Or, pour « rendre le peuple heureux » comme l’écrivait Saint-Just, il était nécessaire d’aller plus loin dans cette œuvre révolutionnaire, de permettre l’émancipation de chacun par la participation aux décisions politiques et économiques de la nation naissante. Robespierre prononce dès 1789 un plaidoyer en faveur du suffrage universel.

« Dans toutes les occasions, il se rangea toujours résolument du côté du plus faible. Il opposa sans cesse au droit bourgeois le droit humain, aux intérêts d’une classe les intérêts d’un peuple et de l’Humanité. »

Albert Mathiez — 1913

« Le bonheur est une idée neuve en Europe »

Les questions qui se posent à tous les progressistes, qui se posent au mouvement ouvrier et populaire depuis des siècles, ces hommes se les sont posées également, et y ont apporté de premières réponses. Quelle République pour notre peuple ? Quelle démocratie ? Quels rapports entre les Hommes ? La première réponse fut la souveraineté du peuple et de la nation. C’est dans cet esprit de liberté et de démocratie populaire qu’ils ont condamné dès 1789 l’aristocratie naissante que Robespierre n’hésitait pas à qualifier comme « la plus insupportable de toutes, celle des riches ».

Ils ont affirmé que le peuple, que les travailleurs pouvaient avoir accès au bonheur, pouvait vivre dignement et que la République devait être celle de l’émancipation, qu’elle devait être sociale et laïque. Ces hommes ont su se montrer visionnaires à bien des égards, d’ailleurs beaucoup le reconnaissent, y compris leurs adversaires. Par leur exercice du pouvoir, ils ont su prouver qu’avec une forte ambition politique il est permis de construire une société qui répond à l’intérêt et à la volonté de toutes et tous.

Cet héritage est utile. La lutte pour la construction de la République sociale et laïque ne peut se faire sans sortir la France des griffes de la finance, ne peut se faire sans l’exercice du pouvoir par le grand nombre, par l’intervention des salariés dans la gestion de la production, par le respect des plus profondes convictions républicaines : la liberté, l’égalité et la fraternité.