À quoi servent les prisons ? Retour sur la polémique de Fresnes

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Le 27 juillet 2022 s’est tenu un événement au sein de la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne). Un célèbre snapchateur francilien, en partenariat avec le ministère de la Justice et le directeur de la prison de Fresnes, a organisé une journée d’activités pour les détenus : « Koh-lantess ». Le tout étant filmé dans un but caritatif. Les épreuves physiques et intellectuelles n’ont pas retenu l’attention de l’opinion, mais c’est la course de karting qui a défrayé la chronique. 

La droite et l’extrême droite se sont donc saisies de cette vidéo afin de relancer leurs discours habituels autour de la prison française qui ne serait que des « vacances » selon ces derniers. 

Prompt à ne pas froisser cette famille politique, le ministre de la Justice, Éric Dupont-Moretti, a donc tweeté dans la journée en signifiant qu’il n’aurait jamais donné son accord pour la tenue d’un tel événement. Celui-ci vise la rencontre entre les prisonniers, les jeunes du quartier voisin ainsi que les surveillants pénitentiaires. Or cette affirmation a rapidement été démentie par le directeur de la prison avec à l’appui une preuve de l’accord donné par le ministère quant à la tenue de cette journée. 

Finalement les organisateurs et vidéastes de cette journée ont eux-mêmes supprimé les vidéos (notamment de YouTube) en apprenant qu’un des prisonniers participants aurait un « casier judiciaire lourd ». Cependant ça en été assez pour que les médias et les politiques se saisissent de cette affaire et relancent un énième débat sur la prison, ses enjeux et la réinsertion de ces détenus. 

Qu’est-ce que la prison en France ?

La France compte aujourd’hui 187 établissements pénitentiaires et le nombre de places est de 60 583 (Insee 2021). Or 71 678 personnes sont actuellement incarcérées selon le ministère de la Justice, ce qui pose de graves soucis de surpopulation carcérale avec tout ce qui en découle. 

Les services d’insertion et de probation (SPIP) sont dans l’incapacité de suivre les dossiers, ni même de proposer des peines alternatives adaptées en fonction des besoins et difficultés des personnes (par exemple : bracelet électronique, travaux d’intérêt général, suivi socio-éducatif…). D’autant plus que 26 % des détenus sont en réalité en détention provisoire c’est-à-dire en attente de jugement. Comment un pays basé sur l’État de droit, qui érige la présomption d’innocence comme pierre angulaire de son système, peut-il incarcérer tant de personnes n’ayant même pas encore eu droit à un jugement ? 

La question de la prison est profondément liée à ce que nous voulons et portons comme projet de société. Il est par ailleurs nécessaire de rappeler que la Cour européenne des Droits de l’Homme a condamné la France dans un arrêt du 30 janvier 2020 pour des « conditions inhumaines et dégradantes de ses établissements pénitentiaires et le non-respect du droit à un recours effectif pour faire cesser les atteintes à ces droits ». La prison de Fresnes est citée dans cet arrêt et prise en exemple pour étayer les propos des juges. Cette maison d’arrêt est la deuxième plus grande de France avec 1 900 détenus qui cohabitent dans un environnement violent, insalubre, surpeuplé et déshumanisant. 

Réinsertion

Au-delà d’une énième polémique stérile servant de grain à moudre aux franges réactionnaires de notre société, ces vidéos auront eu le mérite d’interroger de nouveau les partis politiques sur le sens que l’on met aux peines de prison. Loin d’une idée de vengeance, la peine, en l’occurrence ici l’incarcération doit être pensée dans une perspective de réinsertion. 

Or comment sérieusement imaginer la réinsertion d’un détenu qui passe 22 heures sur 24 dans sa cellule surpeuplée ? Un lieu où l’accès au sport, à la formation, à la lecture est empêché puisqu’impossible à mettre en place pour les surveillants pénitentiaires.  

Ambitieusement, les communistes portent un véritable projet d’insertion et de probation en France : de meilleures conditions de détention, qui passe par des budgets débloqués, des recrutements de personnels tant à la SPIP qu’au sein de l’administration pénitentiaire. De même pour la Justice qui manque cruellement de moyens et est asphyxiée par cette situation intenable où la prison est toujours le premier recours, faute de pouvoir mettre en place des peines aménagées effectives. 

Des milliers de famille sont concernés par ce sujet, essentiellement des femmes qui doivent gérer l’extérieur quand un des leurs est derrière les barreaux. 

Comme le dit un célèbre dicton « la prison c’est dur, la sortie c’est sur », mais dans quelles conditions est pensée cette sortie ? La prison ne doit pas être seulement une privation de liberté, elle doit permettre la réflexion sur les causes qui ont mené des personnes à commettre des délits et/ou des crimes et préparer un terrain favorable à une réinsertion.