Violences sexistes et sexuelles : un état des lieux alarmant dans l’Enseignement supérieur  

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Violences sexistes et sexuelles : un état des lieux alarmant dans l’Enseignement supérieur  

Depuis la création de l’Observatoire Étudiant des Violences Sexuelles et Sexistes dans l’Enseignement supérieur il y a 4 ans, la parole se libère et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a lancé un grand plan d’action contre celles-ci pour la rentrée 2021. 

Pourtant, les chiffres montrent un projet qui manque d’ambition devant l’ampleur du problème. Malgré les données désormais chiffrées, l’ESR peine à accomplir son devoir d’être un lieu d’inclusivité et d’émancipation pour toutes et tous, faute de moyens, mais également à cause de la difficulté à faire face à des violences qui se veulent systémiques. 

Des chiffres qui stagnent depuis 2020 

Depuis le premier rapport de l’Observatoire en 2020, il est inquiétant d’observer que les violences sont toujours aussi présentes dans l’ESR, malgré les efforts menés pour les mettre en évidence. Le Baromètre, outil de mesure de ces dernières, met en évidence 12 types de violences, allant de l’outrage sexiste au viol et incluant également les violences LGBTQIAphobes. 

On observe ainsi que 6 étudiants sur 10 affirment avoir été victimes ou témoins d’une des 12 violences citées, et que, de manière plus générale, 27 % des étudiants, soit plus d’un quart, affirme avoir été victime de violences sexistes, sexuelles ou LGBTQIAphobe. 

On note qu’il existe des facteurs aggravant ces chiffres, comme le jeune âge et l’arrivée récente dans l’Enseignement supérieur : la moitié des viols rapportés ont lieu la première année d’études. On trouve également la forte vie en communauté, par exemple en école de commerce, où la vie des étudiants, qu’elle soit scolaire ou extra-scolaire est centrée sur leur formation, 1 étudiant-e sur 10 a été victime d’agression sexuelle et 72 % des étudiants ont été témoins d’une des 12 violences du Baromètre. 

Enfin, les événements festifs comme les soirées d’intégration restent des lieux à fort risque, où l’alcool est vu comme une circonstance atténuante en cas de violence sexuelle par presque 1 étudiant-e sur 10. 

Les établissements ne réussissent pas à protéger les étudiants 

Au total, plus d’un étudiant sur deux ne se sent pas en sécurité dans son établissement concernant les violences sexistes et sexuelles, en particulier les femmes et les personnes transgenres. 

Ces mêmes étudiants soulignent le manque d’action des établissements pour les protéger et lutter contre ces violences. En effet, la moitié n’a pas accès aux dispositifs d’accompagnement des victimes, soit par méconnaissance de ceux-ci, soit, car ils n’existent simplement pas. Même lorsqu’ils existent, ils restent incomplets et dysfonctionnels et ne permettent pas de répondre aux besoins des victimes en soutien et accompagnement, qu’il soit juridique ou psychologique. 

De la même manière, près de la moitié des établissements conditionne le déclenchement d’une enquête interne à un dépôt de plainte préalable, alors que pénal et disciplinaire, sont totalement indépendants selon la loi. Or, les difficultés et implications d’une plainte rebutent souvent les victimes à enclencher le processus de sanction disciplinaire. 

Mettre les moyens pour faire de l’Enseignement supérieur un lieu sécurisant 

Face aux lacunes des politiques publiques pour lutter correctement et activement contre les violences liées à un modèle de société patriarcale, les ministères concernés et les établissements de l’enseignement supérieur doivent déployer des moyens à la hauteur, autant au niveau de la prévention que de la prise en charge. 

Les établissements doivent avoir les moyens humains et financiers d’avoir une cellule de veille et d’écoute efficace, et de sanctionner directement les coupables. 

Des organisations et des associations agissent également. C’est le cas de l’Union des étudiants communistes qui mène cette année une grande campagne pour la mise en place de trois séances à l’éducation à la vie sexuelle et affective obligatoire en première année d’études supérieures.


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