Élèves sans lycée à la rentrée : un avant-goût de la réforme du lycée professionnel

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Alors que continuent à tomber au compte-goutte les résultats de Parcoursup pour les 80 000 élèves sans aucune formation pour l’instant, quelques milliers de jeunes continuent à attendre, eux, une affectation en lycée qui ne vient jamais. Une situation dont s’alerte Claire Hédon, la Défenseure des droits.

Une sélection qui ne dit pas son nom 

Nous en avions déjà parlé dans nos colonnes il y a quelques mois, mais la situation n’est pas récente. Chaque année, et alors que le Code de l’éducation énonce que “l’éducation est la première priorité nationale”, des centaines, voire des milliers de collégiens ne parviennent pas à s’inscrire dans un lycée. 

En septembre 2022, 900 élèves étaient ainsi sans affectation dans le département de l’Essonne. Un cas loin d’être isolé, puisqu’au même moment, le département de Haute-Garonne déplorait lui 300 jeunes sans formation à la rentrée. Si les pénuries de places dues à un sous-investissement chronique dans l’Éducation nationale touchent tout le pays, elles ne touchent pas les élèves de manière égale. Ainsi, ce sont surtout les élèves désireux d’aller en lycée technologique ou professionnel qui payent le prix de cette sélection qui ne dit pas son nom. Une double peine, donc, pour des jeunes souvent déjà en difficulté scolaire. Déjà, à la dernière rentrée, la défenseure des droits s’était saisie d’office de cette situation, remettant en cause selon elle le droit à l’éducation. 

Une carte de formation qui ne répond pas aux aspirations des élèves.

Si le gouvernement avait fait mine de s’émouvoir du sort de ces élèves, force est de constater que les actes n’ont pas suivi. En ce mois de juillet, c’est la situation d’élèves de Bretagne qui alerte syndicats professionnels et associations de parents d’élèves. Début juillet, 630 collégiens d’Ille-et-Vilaine ne disposaient d’aucune affectation en formation professionnelle, malgré leur passage en classe de seconde. Pour le FSU-SNES de Bretagne, cette situation démontre un “manque de considération” et une “absence d’éthique” de la part de l’institution. En effet, face au désarroi des élèves et leurs familles, le Rectorat a proposé aux jeunes sans formation de changer de projet d’orientation pour aller dans les lycées professionnels disposant de places vacantes… au mépris total de leurs aspirations. Car c’est ici que se situe le nœud du problème. Dans les filières générales, les collégiens sont affectés directement dans leur lycée d’origine s’ils ne demandent pas d’option particulière. Mais en lycée professionnel, il faut composer avec les places dans chaque filière. Problème, la carte scolaire est définie en fonction des besoins locaux immédiats du patronat, et non des demandes des élèves. Une situation à laquelle se confronte régulièrement le syndicat FSU-SNES de Bretagne. Depuis plusieurs années, celui-ci se bat pour obtenir l’ouverture de formations très demandées dans certains lycées. Mais leur demande se heurte au dogmatisme patronal du gouvernement, qui n’a à leur faire comme proposition que l’ouverture de place… en apprentissage. 

Ce cas, qui pourrait apparaître isolé, apparaît comme un avant-goût de ce que seront les affections avec la réforme du lycée professionnel en cours. En poussant encore plus loin la logique utopique d’adéquation entre formation et emplois, des centaines de filières seront fermées, laissant ainsi tout autant de jeunes sans aucune formation correspondant à leurs aspirations. 

On connaissait l’hôpital incapable de soigner les malades faute de lit, voilà l’école incapable de former des élèves fautes de places.


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