Coupe du monde 2022 : le foot reprend — un peu — ses droits

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Après des premières semaines plus marquées par les scandales politiques que par les résultats, le sport semble enfin s’imposer dans la compétition. 

Avec un Brésil flamboyant, des Bleus en maîtrise ou une équipe du Maroc qui s’impose comme la révélation de cette compétition, la semaine passée a enfin donné à cette Coupe du monde de tous les scandales une allure de grande fête du football. 

Sans pour autant faire oublier le contexte dans lequel elle se déroule. 

On a aimé

Le drapeau palestinien brandi par le Maroc 

Victorieuse face à la sélection espagnole en huitièmes de finale, l’équipe du Maroc apparaît comme une des révélations de ce mondial. 

Avec un jeu toute en vitesse et en technicité, porté par des individualités telles que Boufal, Amrabat ou Hakimi, les Lions de l’Atlas peuvent déjà se vanter d’avoir battu l’Espagne, la Belgique et le Canada, mais aussi d’avoir tenu tête à la solide sélection croate. 

Au-delà de ces bons résultats sportifs qui lui ont permis d’atteindre les quarts de finale pour la première fois de son histoire, la sélection marocaine a donné une petite leçon de courage politique en brandissant un drapeau palestinien à la fin du match contre l’Espagne. Un message de soutien fort envoyé alors que la victoire de Nethanyaou aux législatives israéliennes va intensifier la répression contre le peuple palestinien. 

Stéphanie Frappart, première femme à arbitrer un match de Coupe du monde

Décidément, cette Coupe du monde est celle de tous les paradoxes. Alors qu’elle se tient dans un pays où les droits des femmes sont réduits à peau de chagrin, elle aura vu pour la première fois une femme devenir arbitre principale d’un match de Coupe du monde. Et c’est une Française. 

Bien connue des terrains de Ligue 1 et des compétitions européennes régulières, Stéphanie Frappart a ainsi officié en tant qu’arbitre principale lors du match de poule opposant l’Allemagne au Costa Rica. 

Au-delà du symbole, et de la récupération abjecte qu’en a faite le Qatar pour se vanter d’être une référence en matière de droit des femmes, il s’agit d’un progrès réel permettant d’aller vers une plus grande mixité dans le football qui demeure, encore trop souvent, une « affaire d’homme ». On la retrouvera sur les terrains dans les prochains jours puisqu’elle a été sélectionnée pour continuer à arbitrer lors des quarts de finale. 

Les bleus qui continuent de tracer leur route 

Oublié le petit accroc contre la Tunisie lors du dernier match de poule qui aura au moins permis à quelques joueurs du banc de touche de se montrer. En huitièmes de finale face à la Pologne, la sélection tricolore s’est imposée sans grandes difficultés face à une équipe qui aura tout de même su lui imposer un peu de résistance. 

Mais c’était sans compter sur un Kylian Mbappé encore une fois exceptionnel, à l’origine du premier but de Giroud sur une passe millimétrée puis auteur d’un doublé — encore une fois ! — pour permettre à la France de l’emporter. 

Chacun des deux buts est un bijou, tout comme l’est la passe décisive délivrée juste avant la mi-temps au désormais meilleur buteur de l’équipe de France. 

Avec ce match, la France confirme qu’elle fait partie des grands favoris de la compétition, et que ses adversaires devront être au sommet de leur forme pour les empêcher de remporter une nouvelle fois la compétition.  

On a moins aimé 

L’Espagne prise au piège de son propre jeu 

On l’avait signalé la semaine dernière, nous avions particulièrement apprécié l’opposition entre l’Allemagne et l’Espagne, tant elle montrait deux styles de jeu très différents. Mais face au Maroc, le Tiki taka espagnol a montré toutes ses limites. 

Si ce jeu tout en passes et en possession avait permis aux Espagnols de dominer le football mondial dans les années 2010, c’est parce qu’il était redoutablement efficace pour aller au but. Un objectif qui semble avoir été oublié par la sélection face au Maroc.

La Roja s’est contentée, 120 minutes durant, de faire tourner le ballon sans jamais se montrer dangereuse, privant ainsi le Maroc de toute possibilité de développer son jeu. Alors certes, encore une fois, l’Espagne a affiché un taux de possession insolent. Mais la possession ne fait pas marquer des buts. 

Totalement insipide en attaque, refusant de jouer les coups de pied arrêtés et ne disposant pas de joueurs capables de provoquer la panique dans la défense, la prestation a presque tourné à une opération d’anti jeu. 

Éliminée logiquement par un Maroc qui lui semblait prêt à jouer au football, la Roja va devoir reprendre son plan de jeu et sortir de cette caricature de football si elle souhaite redevenir une référence sur la scène footballistique. 

Les publicités omniprésentes pour les paris sportifs

C’est désormais une habitude lors de chaque compétition internationale ou lorsque reprend la Ligue 1 : les sites de paris sportifs usent et abusent de publicités sur tous les supports possibles pour inciter les plus jeunes à dépenser leurs économies. 

Cette coupe du monde ne manque pas à la règle : attendez votre bus, regardez un match, ouvrez une page internet, et vous en serez abreuvé. 

Pourtant, derrière ces publicités se cache un grave phénomène d’addiction, d’isolement et de difficultés financières pour une grande partie de joueurs. 

Cette année, les mises devraient atteindre un nouveau record en France avec pas moins de 500 millions d’euros joués, majoritairement par des jeunes. 

Pour Pierre Dharréville, député communiste qui plaide pour faire inscrire l’addiction aux paris sportifs au code de la santé au même titre que l’addiction au tabac ou à l’alcool, les publicités restent trop présentes, malgré des engagements pris par les opérateurs de paris. 

Ces publicités apparaissent particulièrement indécentes cette année au vu du contexte d’organisation de la coupe du monde, faisant ainsi des sites comme Winamax des complices de choix scandaleux effectués par la FIFA. 

Le palmarès de la honte 

Brassard arc-en-ciel, épisode 352…

Décidément, la FFF n’en finit pas de se couvrir de honte durant ce mondial. Après avoir interdit le port du brassard « One Love » au capitaine des bleus, voilà Noël le Graët qui demande aux clubs amateurs… de les porter lors de leurs rencontres ! 

Cela pourrait prêter à rire si cela n’était pas si désespérant. Dans un courrier envoyé à l’ensemble des clubs amateurs de la fédération, le patron de la FFF demande ainsi aux capitaines de bien vouloir porter le fameux brassard (fourni avec le courrier) afin que le football amateur montre « son unité contre toutes les formes de discrimination ». 

Aussitôt reçus, des présidents de clubs se sont indignés de l’hypocrisie de la fédération, reprochant à la FFF de faire des clubs amateurs leur « bonne conscience ». Une indignation compréhensible tant cette opération apparaît comme une piteuse tentative de sauver la face, en faisant reposer sur les clubs amateurs ce que les professionnels sont visiblement bien incapables de faire. 

Marcel Desailly ambassadeur du greenwashing au Qatar 

Ce n’est un mystère pour personne, la Coupe du monde est un scandale environnemental, avec ses stades climatisés, ses structures construites et qui ne serviront plus, ses centaines d’aller-retour par jour en avion pour transporter les supporters et les joueurs… 

Pourtant, l’émirat compte bien déployer tous ses moyens pour faire croire à une Coupe du monde vertueuse, à grand renfort d’opérations de communication, souvent effectuées avec la complicité de la FIFA. 

Tout y passe : écoquartiers « exemplaires », « neutralité carbone » à coup de chiffres pipés… Dans cette entreprise de greenwashing des plus caricaturales et qui confine au ridicule, le Qatar peut aussi compter sur le concours d’une ancienne gloire du football français : Marcel Desailly. 

Il apparaît durant chaque match sur les écrans géants des stades pour inciter les supporters à bien trier leurs déchets, tout cela avec l’ambition de « sauver la planète ». Rien que ça. On aurait préféré que le champion du monde 98 use de sa notoriété pour dénoncer les scandales de cette coupe du monde plutôt que de prêter son image (en échange, on l’imagine, d’une certaine somme d’argent) à cette entreprise désespérée — et désespérante — de greenwashing.