L’agriculture en Palestine face à la colonisation israélienne

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L’état de l’agriculture fait partie des caractéristiques pour évaluer la situation d’un pays, puisqu’il recoupe les questions de la sécurité alimentaire, de l’emploi et du développement.

En octobre, le MJCF a mandaté 11 délégués qui se sont rendus en Palestine, dans le but de constater de leurs yeux la réalité de la colonisation israélienne et ses conséquences. Retour sur la question agricole. 

Quelle situation de l’agriculture en Palestine ? 

L’occupation de la Palestine est coordonnée en grande partie à une spoliation des ressources par Israël, qui se les approprie et en profite pour les revendre à un prix exorbitant aux Palestiniens. Ainsi, n’étant pas souverains de leurs ressources, ces derniers se voient obligés d’importer de nombreux produits, sans pouvoir exporter les leurs. 

De même, l’eau, puisée un peu partout en Cisjordanie par des compagnies du pays colonisateur, est revendue démesurément cher aux Palestiniens, à qui elle revient pourtant de droit.

Entre 1994 et 2016, « la part de l’agriculture dans le PIB est passée de 12 à 3,2 % », alors que « le secteur représente [environ] 6,5 % de l’emploi total », soit un chiffre relativement important, selon un rapport du service économique du Consulat général de France à Jérusalem publié en juin 2018.

En somme, comme beaucoup d’autres paramètres en Palestine, la situation de l’agriculture peut aujourd’hui être résumée en un mot : l’insécurité.

La colonisation israélienne ne datant pas d’hier, la souveraineté palestinienne en termes de ressources s’est dégradée au fur et à mesure que les colons entamèrent le processus de spoliation, que l’État israélien encourage encore à poursuivre, et même à intensifier. 

Aussi, l’accaparement des terres palestiniens s’est intensifié dès la fin des années 1960, accélérant la colonisation par l’installation de communautés agricoles juives (des kibboutz) sur celles-ci, principalement pour y reprendre des activités telles que la culture du raisin ou des olives, très importantes en Palestine.

Depuis les années 1970, et les débuts de forts mouvements revendicatifs palestiniens, des ONG ont été créées pour lutter contre l’appropriation des ressources et pour aider tant les producteurs que les consommateurs et l’autorité palestinienne — autrement dit, toute la structure de la société palestinienne — à retrouver son indépendance agricole. On notera notamment le Palestinian Agricultural Relief Committees (Comité palestinien d’Aide agricole), créé en 1983 par le Parti du Peuple palestinien.

Les initiatives populaires comme réponses à l’inertie politique

La création du PARC fait suite à une réflexion générale dans le pays sur les questions de l’agriculture et l’importance de maintenir le plus possible de souveraineté en la matière. 

Ainsi, le PARC travaille avec les paysans palestiniens afin de maintenir en vie les exploitations, et donc de lutter pacifiquement contre l’occupation. 

Il permet également, dans une certaine mesure, de compenser la faiblesse de l’autorité palestinienne et les limites de son action, largement entravée par la mainmise israélienne. Ainsi, l’organisation est aujourd’hui devenue plus importante que le ministère de l’Agriculture, en termes d’aide apportée aux Palestiniens. En souhaitant pallier l’aide ministérielle plus que limitée et agir pour conserver les terres, le PARC dispose de nos jours d’un budget de 55 millions de dollars.

Les actions du PARC se déclinent à travers différents objectifs stratégiques : premièrement, dans le contexte de la colonisation, il y a un important enjeu spatial pour le développement agricole. Ainsi, le PARC a permis de réhabiliter 11 000 hectares de terres et de maintenir 3500 km de routes agricoles. Il crée et maintient également du lien entre les agriculteurs, en développant un véritable maillage associatif à travers le territoire. Diverses autres associations sont en lien avec le PARC, comme une association de femmes qui regroupe aujourd’hui 40 membres, toutes du village de Tulkarem. 

L’ONG a pour enjeux la production et l’exportation de produits biologiques, comme de l’huile d’olive, mais également des dattes, des amandes, du couscous, des herbes aromatiques, du savon à l’olive et des légumes frais. Elle estime exploiter 4 millions d’oliviers en Palestine.

Al Reef, branche commerciale du PARC, fondée en 1993, coordonne la production et la vente des produits à un prix équitable. Elle est en partenariat avec des organisations de différents pays comme des coopératives, des organisations caritatives comme Oxfam Belgium ou encore des entreprises comme Trade Aid basée en Nouvelle-Zélande. Elle assure également la visibilité des produits en supervisant la publicité et le packaging.

Enfin, le PARC est également à l’origine de l’établissement d’un centre de formation pour ingénieurs agronomes en Palestine. 

Ainsi, ce n’est pas moins de 2 300 familles d’agriculteurs que le PARC soutient en Palestine, et près de 30 coopératives de producteurs et d’artisans. 

L’exemple de Fayez Taneeb

Les délégués du MJCF ont eu la chance de séjourner chez Fayez, un camarade du PPP, agriculteur et membre actif du PARC. Pour lui, l’accroissement fulgurant de la pauvreté en Palestine, en grande partie dû à l’insécurité alimentaire, accentue le nombre d’adhésions au Hamas ; ainsi, de fait, la sécurité alimentaire serait un outil de lutte contre l’obscurantisme.  

Fayez a décidé de se battre pour son autosuffisance alimentaire afin de ne pas dépendre d’Israël. La ferme de Fayez a été construite par son grand-père, et de générations et générations, elle perdure sur ce modèle, malgré les nombreuses attaques israéliennes (saccages, inondations…). La ferme est enclavée, d’une part, par le mur qui sépare Israël et la Cisjordanie — le camarade raconte comment ils ont vu, au fil des années, les Israéliens construire ce sinistre bloc de béton qui les prive aujourd’hui de la majeure partie de leur terre palestinienne —, et de l’autre, par une usine israélienne de produits chimiques qui nuisent aux cultures. 

Du fait de son engagement politique, Fayez a eu l’occasion de participer à de nombreuses délégations, et donc de voyager. Durant ses déplacements, il a pu enrichir sa réflexion, en échangeant avec les agriculteurs des autres pays et en visitant les exploitations, pour produire son eau, son énergie et sa nourriture par des méthodes alternatives, économiques et écologiques. Pour lui, l’eau, la nourriture et l’énergie sont les 3 points vitaux pour l’être humain : il ne peut pas survivre sans.

Pour l’énergie, Fayez et son voisin s’organisent afin de transformer les déjections des trois vaches de ce dernier en les chauffant au soleil dans des tonneaux ; par la chaleur, le méthane se produit relativement vite et alimente un générateur électrique. Le reste des défections est utilisé comme engrais pour alimenter les différentes plantations de la ferme. Une partie de l’énergie produite est revendue à la municipalité de Tulkarem pour alimenter la ville. 

De même, l’eau de pluie est collectée pour substituer les stocks vendus par les compagnies israéliennes, qataries et saoudiennes. 

Grâce aux différentes installations mises en place dans sa ferme, Fayez réussit à contourner en grande partie le capitalisme de l’intérieur, bien qu’il y soit soumis, par exemple, lors des fortes chaleurs d’été ; la dépendance est telle que, bien souvent, l’eau vendue aux Palestiniens par les Israéliens vient des nappes phréatiques cisjordaniennes, qui sont complètement spoliées par les compagnies.

L’enjeu des ressources que sont l’eau, l’énergie et la nourriture, dans le contexte de colonisation, s’inscrit dans l’histoire même du processus d’expansionnisme israélien : en effet, il ne s’agit pas seulement de réquisitionner les habitations palestiniennes, mais de s’accaparer également les terres agricoles et leurs productions. 

Lors du séjour de la délégation, le temps était à la récolte des olives, production relativement importante dans la région et symbole de la résistance palestinienne, puisque les exploitations oléicoles sont très fréquemment attaquées, volées ou détruites par des colons.

De l’assujettissement agroalimentaire découle la nécessité de contourner cette absence de souveraineté, voire cette mise sous tutelle de la Palestine. C’est pourquoi il existe une forte volonté de créer et d’entretenir un système de « réseaux » de solidarité entre tous les Palestiniens du territoire.