Pourquoi les syndicats s’opposent à la réforme du lycée professionnel

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Le gouvernement annonce une nouvelle réforme du lycée professionnel, alors même que le bilan de celle de 2019 n’est pas encore disponible. Elle sera effective dès la rentrée 2023. Que prévoit-elle dans les grandes lignes ? 

« Non négociable »

Malgré la phase de « consultation » des syndicats, certaines mesures phares ont été annoncées dès le début comme non négociables par le ministère. On peut donc être sûr de les retrouver à la rentrée 2023 si la réforme voit le jour.

D’abord la hausse de 50 % des périodes de stage, appelées PFMP (périodes de formation en milieu professionnel). Actuellement, elles sont de 22 semaines réparties sur trois ans. Cela amènerait les élèves de bac professionnel à une perte d’environ 380 heures de cours sur les trois ans de lycée. 

Ensuite la réforme prévoit de déléguer en partie aux lycées eux-mêmes la décision du nombre d’heures de cours par discipline. Pour le ministère il s’agirait de « donner plus de marge de manœuvre aux établissements, notamment sur l’organisation », sans pour autant toucher à la valeur nationale du diplôme délivré. 

Comme dans l’enseignement supérieur, l’exécutif a pour projet de réviser localement les filières proposées dans les lycées en fonction des besoins locaux des entreprises. 

Pour répondre d’autant plus aux besoins des différents bassins d’emplois, on prévoit une augmentation du nombre de cours donnés par des professeurs associés, issus du monde professionnel. 

Lors de sa visite au lycée professionnel Eric Tabarly des Sables-d’Olonne, en septembre dernier, Emmanuel Macron affirmait qu’« il nous faudra assumer ensemble de fermer celles (les filières) qui n’insèrent pas, et développer celles qui marchent ».

Enfin, pour servir cette réforme visant à positionner le plus tôt possible les élèves dans le monde du travail, l’État prévoit la création d’une demi-journée hebdomadaire « Avenir », en cinquième, pour « découvrir des entreprises de proximité ». En bref, les entreprises pourront intervenir auprès des collégiens pour présenter leur métier, les possibilités d’emploi et leurs propres attentes de compétences. 

Les syndicats s’y opposent

Comme ils en ont fait la démonstration le mardi 18 octobre dernier en organisant une grève rejointe par 22,94 % des enseignants dans les lycées professionnels, cette réforme ne passe pas. 

D’abord, on met encore sur la touche l’enseignement de discipline pour aller vers un enseignement toujours plus professionnalisant, qui répond à tous les échelons aux exigences du capital. 

En effet, la modulation des lycées professionnels aux besoins en compétence des entreprises locales ne va en aucun cas créer plus de débouchés d’emploi pour les lycéens, comme le prétexte le gouvernement, mais ne sert qu’à faire glisser le bac professionnel vers un modèle de CAP. 

Cette réforme augmente le taux de stage, alors même que nombre de lycéens ont de grandes difficultés à trouver des stages encore aujourd’hui. 

Pour la FSU, la réforme « limitera les poursuites d’études dans le supérieur, elle éloignera un bon nombre de jeunes de la qualification. » 

Là est toute la logique derrière cette réforme : elle vise à créer une génération de travailleurs qui n’ont pas d’acquis de qualification dans un secteur d’activité, mais bien des compétences répondant à des besoins d’entreprise. 

De plus, le syndicat Snesup, considérant l’augmentation de moitié du temps de stage, estime à environ 5 000 la suppression de postes d’enseignants. Les conséquences sociales de cette réforme s’inscrivent donc aussi dans un plan plus global de destruction de la fonction publique et de ses services. 

Ensuite, pour ce qui est de la marge laissée aux établissements sur les enseignements disciplinaires, on fait ici face, comme dans la réforme Blanquer du lycée général, à une destruction pure et simple du diplôme national du bac pro.

Enfin, la démarche est claire : assigner et formater les jeunes issu.es des milieux modestes à des postes peu qualifiés sans possibilité d’évolution. Ce choix politique aggraverait encore plus les inégalités scolaires, sociales et territoriales. La voie professionnelle est la voie privilégiée des enfants issus de classes populaires. 

Les syndicats appellent dans un premier temps à ce que cette nouvelle réforme ne soit pas mise en place dès 2023, afin de faire un bilan plus précis de celle de 2019. Quand bien même, en l’état du projet, les syndicats sont déterminés à contester cette réforme. 

Une réforme oui, mais pas celle-là

Pour le camp progressiste, la réforme à faire ce n’est pas celle de moins de formation, mais bien celle de plus de formation dans l’enseignement professionnel. Un projet de renforcement des disciplines d’enseignement général et d’enseignement de qualification est à mener. 

De plus, il faut repenser l’ensemble des dispositifs d’accompagnement et de formation des jeunes et leurs financements afin de permettre un accès à la formation à toutes et tous les jeunes dans de bonnes conditions. 

Pour cela, les syndicats revendiquent une augmentation de la rémunération des stagiaires, pour permettre à chaque élève de vivre dignement. Il faut aussi redonner les moyens à l’École de scolariser toutes et tous les jeunes en leur permettant d’atteindre a minima un premier niveau de qualification. La scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans sous statut scolaire semble être un moyen d’atteindre ces objectifs. 

Ainsi le combat n’est pas fini, et les syndicats d’enseignants comme les élèves vont continuer à se mobiliser dans les mois à venir.