Crise énergétique : la faute à pas de chance ?

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Des collectivités territoriales aux entreprises en passant par les universités et les foyers, les prix de l’énergie se font toujours plus ressentir. Ils font peser le poids de dilemmes insoutenables : fermer des piscines, fermer toute une ligne de production pour un temps, baisser drastiquement le chauffage… Autant de craintes exprimées depuis des mois. 

Sébastien Menesplier, Secrétaire général de la Fédération CGT Mine et Énergie, disait ainsi à la Fête de L’Humanité que « la situation est dramatique, mais comme il n’y a pas de fatalité, il y a des responsables, qui vont devoir s’expliquer de cette situation. ». En effet, il y a des responsables de cette crise, des choix politiques qui ont été faits dans la seule logique de rentabilité à court terme et de profit. 

Retour sur les faits

L’Union européenne a joué un rôle central dans l’ouverture des marchés à la concurrence, en particulier les marchés de l’électricité et du gaz. Voici quelques dates clefs pour comprendre ce processus de libéralisation, commencé il y a bientôt 30 ans et que l’actuel gouvernement poursuit.

En 1996, c’est la première directive européenne sur l’ouverture du marché de l’électricité, deux ans plus tard, c’est la directive sur l’ouverture au marché pour le gaz. S’ensuivent jusqu’en 2004 une ouverture progressive pour les entreprises, jusqu’à l’ouverture du marché pour toutes les entreprises et collectivités locales dans toute l’Union européenne, et la séparation des activités de production, transport, distribution et fourniture de l’énergie. Trois ans plus tard, en 2007, la fin du monopole d’EDF et GDF est actée, c’est la séparation des deux entités. 

Ce processus de libéralisation se fait au rythme de directives européennes, mais aussi dans le cadre législatif national. La décennie 2010 commence avec la loi NOME — Nouvelle Organisation du Marché de l’Électricité. Tout un programme ! C’est en 2016 qu’est signé le « début de la fin » des tarifs réglementés dont le dernier chapitre s’annonce pour juillet 2023, avec la fin des tarifs réglementés du gaz. 

C’est donc un enchaînement de décisions politiques et conscientes qui ont mené la France dans la situation dramatique que l’on connaît d’explosion des prix de l’énergie. Des décisions qui sont dictées par des intérêts particuliers et profitables au détriment de l’intérêt général. 

Les victimes de ces choix 

Il y a tout d’abord les usagers, qui subissent de plein fouet l’envolée tarifaire, que la guerre seule ne suffit pas à justifier, et qu’une politique nationale forte, ambitieuse et publique aurait pu pallier à minima. Les usagers de manière quotidienne, mais aussi au travail. Nombre de salariés sont mis au chômage partiel/technique, faute de matières premières depuis quelques mois, mais aussi à cause de l’envolée des prix de l’énergie. 

Pourtant, la concurrence a été vendue comme la solution permettant de baisser les prix. Dans le même temps, EDF et Engie ont versé des milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires.

La nécessité de reconstituer un grand monopole public nationalisé de l’énergie devient évidente. Elle est une pierre angulaire de la force de la nation et de ses choix, face aux décisions dictées par la logique de rentabilité.