Huda’s Salon: le dilemme du peuple palestinien

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Pour la 5e fois, l’Association France Palestine Solidarité organise avec de nombreux partenaires une biennale du film palestinien à Rouen. Cette année, c’est le film Huda’s Salon du réalisateur Hany Abu-Assad qui a ouvert les 3 jours de festival. 

Les spectateurs rouennais ont pu découvrir en quasi avant-première, ce thriller réalisé à Bethléem. En effet, le film a fuité : une intervention des services secrets selon le réalisateur. Une confidence qui a été donnée lors de l’échange en visio avec Hany Abu-Assad depuis la Palestine. 

Huda’s Salon suit le calvaire de Reem, une jeune mère de famille. Si le film est une fiction, il est basé sur des faits réels : des jeunes femmes prises aux pièges pour travailler pour les services secrets israéliens. Cette emprise ne se fait pas à partir d’argent ou de service, mais de chantage : agressées sexuellement, les victimes sont condamnées à collaborer sous peine de perdre leur famille et leur réputation. Le modèle du « Kompromat » : la diffusion d’informations ou de photos gênantes. 

On suit également Huda, qui piège autant qu’elle est elle-même prise au piège. Son arrestation par des Palestiniens cherchant les traîtres à la résistance signe le début d’un compte à rebours pour elle, mais aussi pour ses victimes. 

Lever le tabou

Le film, réalisé à la manière d’un documentaire, est volontairement oppressant. Les scènes quasi toujours en plan-séquence donnent un sentiment d’enfermement : de la cellule de Huda à la maison de Reem. 

On a le sentiment que le film pourrait aussi bien être une pièce de théâtre classique : tous les plans faits en dehors de ces deux lieux et les dialogues qu’ils contiennent semblent accessoires. Pièce de théâtre aussi parce que le propos reprend un dilemme connu, la justification ou non de la violence dans la révolution, une version moderne des Justes de Camus. 

Surtout, la question que pose le film est celle de la capacité de résistance face à un ennemi aussi puissant, celle des frontières entre collaboration, contrainte et emprise. La discussion entre Huda et Hassan qui l’a arrêté pour trahison semble être celle d’un peuple face à lui-même. Un dialogue franc qui n’épargne personne avec un humour caustique caractéristiquement palestinien. 

Il y a peu de plaisir à voir Huda’s Salon : angoissant, dérangeant, si acerbe envers la société palestinienne qu’on en oublie presque que la situation est due à l’occupation israélienne. Mais c’est un choix du producteur et scénariste, choquée par l’idée que ces agressions sexuelles et ces chantages perdurent depuis plus de 30 ans sans que ces femmes soient entendues, protégées. 

Pour Hany Abu-Assad il s’agit d’un film d’utilité publique pour lever le tabou et permettre enfin à celles qui subissent de ne plus être seules. Pour lui, un peuple qui ne se libère pas de ses propres oppressions ne peut pas se libérer de l’oppression des autres, comprenez ici : pas de liberté du peuple sans combat contre le patriarcat. 

*Le film vient de trouver un distributeur français et sera disponible en salle en février 2023.