Barbara Gomes : « Les JO de Paris, c’est l’anti-Qatar »

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Les Jeux olympiques de Paris approchent. Le tirage au sort pour la billetterie a ouvert il y a quelques jours. Pendant ce temps, les sportives et les sportifs se préparent, les staffs sont au travail, les chantiers avancent. 

Le groupe communiste et citoyen de la ville de Paris est très exigeant sur les conditions de travail des ouvriers sur les chantiers. Barbara Gomes, élue du 18e arrondissement, a répondu à nos questions.

Votre objectif est que les Jeux olympiques 2024 soient un exemple pour de futures compétitions internationales. Qu’est-ce qui est fait ? 

Dans la logique des patrons et des donneurs d’ordres, l’activité économique passe tout le temps avant l’intérêt de ceux qui la réalisent. C’est un non-sens. 

La présence d’inspecteurs du travail, les normes, les textes juridiques, sont perçus comme de terribles contraintes qui ralentissent les chantiers. Pourtant, plus un chantier va vite, plus il est accidentogène. 

Notre boussole, c’est le droit des travailleurs, le respect des personnes qui travaillent est au cœur de notre action politique. Jacques Baudrier, adjoint aux travaux à la Mairie de Paris, est extrêmement vigilant sur l’ensemble des chantiers parisiens, et particulièrement sur les chantiers des Jeux olympiques. 

Paris a adopté une charte sociale pour renforcer la prévention contre les accidents du travail avant les JO 2024, avec un objectif : zéro mort sur les chantiers. Que peux-tu nous en dire ?

C’est l’aboutissement d’un partenariat inédit entre les organisations syndicales, l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois, la CGT Construction, et la mairie de Paris. 

J’en profite pour rappeler que la CGT Construction est très vigilante à la question des événements sportifs, elle était à l’initiative de l’opération Carton rouge pour la FIFA en 2014. 

Nous sommes donc attentifs à ce que les chantiers des JO de Paris se passent dans les meilleures conditions possibles, nous nous donnons l’objectif de n’avoir aucun mort sur les chantiers, nous créons les conditions pour y arriver et la charte que nous avons adoptée en conseil de Paris nous y oblige, tant mieux. 

Les JO de Paris c’est l’anti-Qatar. Nous avons mis en place des clauses de droit social qui font que nous allons privilégier les entreprises qui sont les plus vigilantes aux droits des travailleurs, aux entreprises qui sous-traitent le moins. Nous savons que plus il y a de sous-traitance, plus les travailleurs sont perdants. 

Qu’en disent les travailleurs et leurs syndicats ? 

Les camarades de la CGT sont très satisfaits de la résolution que nous avons réussi à faire passer. Ils nous disent qu’ils pourront demain aller voir les patrons en prenant pour exemple ce qu’a fait la mairie de Paris. 

L’objectif est que ce que nous avons fait ici se transforme en loi sur tout le territoire. Nous allons travailler en ce sens avec nos collègues députés. 

L’Humanité parle de travailleurs sans-papiers, dans le cadre de chantiers à Paris, qui se mobilisent pour leur droit. Que peut faire la mairie pour appuyer ce combat ?

La CGT travaille beaucoup sur cette question. Ces travailleurs sont indispensables, qu’ils soient sur les chantiers, sur leur vélo, dans les cuisines des restaurants… Ils payent des impôts, mais n’ont pas les droits qui vont avec. 

Je dénonce l’hypocrisie de l’État sur ce sujet. On demande un certain nombre de fiches de paie pour être régularisé et en même temps on ne peut pas travailler légalement sans papier. C’est une forme de bizutage social qu’on ne peut pas accepter dans un pays qui se prétend être celui des droits de l’Homme. 

La mairie de Paris peut-elle agir ou la balle est-elle à 100 % dans le camp de la préfecture ?

Cela relève effectivement des compétences de l’État, mais nous pouvons tout de même agir. 

Plus il y a de sous-traitance, plus nous dénombrons de travailleurs sans papier dans les chantiers. Plus nous facilitons le travail des inspecteurs du travail, moins les entreprises ont recours aux travailleurs sans-papiers. 

Ceci étant dit, notre action ne doit pas être d’empêcher les personnes en situation irrégulière de travailler, mais plutôt de faire en sorte que ceux-ci soient régularisés ! 

Comment faire en sorte que l’héritage des Jeux olympiques soit le plus épais possible ?

Nous avons fait en sorte que les infrastructures construites pour les Jeux olympiques s’intègrent dans le patrimoine sportif de la ville. Avec ces Jeux nous avons pu capter des financements que nous n’aurons pas pu obtenir en temps normal, c’est une bonne nouvelle pour les Parisiens. 

Nous nous sommes servis des JO comme d’un prétexte pour agir en faveur du sport populaire, pour construire des infrastructures dont nous avions déjà besoin.